Ciel étoilé de nuit : Noël est-il une fête païenne ? origine du 25 décembre
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Noël est-il une fête païenne ? D’où vient le 25 décembre

Cette publication est partie 1 de 2 dans la série Noël : ce que dit la Bible

En bref : le 25 décembre n’est pas une date biblique. Aucun évangile ne donne le jour, ni même la saison, de la naissance de Jésus. Les historiens se partagent sur l’origine de cette date : choix chrétien fondé sur un calcul, ou rapprochement avec une fête romaine du soleil. Une chose est certaine : l’origine d’une date ne suffit pas à dire si une fête est païenne ou chrétienne.

Noël est-il une fête païenne ? La question revient chaque décembre, dans les familles, dans les églises et sur les réseaux sociaux, souvent avec une assurance qui laisse peu de place au doute. Des vidéos affirment que Noël n’est que la fête romaine du soleil rebaptisée. D’autres répondent que cette idée est une légende. Entre les deux, beaucoup de croyants sincères hésitent, se sentent coupables de chanter un cantique ou n’osent plus rien dire à table.

Cet article ne tranche pas par réflexe. Il reprend les trois questions qu’il faut poser dans l’ordre : que dit la Bible de la naissance de Jésus, que sait l’histoire de l’origine du 25 décembre, et qu’est-ce qui rend une fête païenne ou chrétienne ? La réponse honnête est plus nuancée que les slogans, et plus intéressante. Si votre question est plutôt pratique (« puis-je fêter Noël en famille ? »), elle fait l’objet de l’article suivant : un chrétien peut-il fêter Noël ?. Mais on ne répond pas bien à la seconde question sans avoir examiné la première.

Ce que la Bible dit (et ne dit pas) de la naissance de Jésus

Deux évangiles racontent la naissance de Jésus : Matthieu (chapitres 1 et 2) et Luc (chapitres 1 et 2). Marc et Jean n’en parlent pas. Les deux récits sont riches en détails : un recensement ordonné par César Auguste, un gouverneur nommé Quirinius, une crèche, des bergers, un roi Hérode, des mages venus d’Orient. Ce qu’ils ne contiennent pas est tout aussi remarquable : ni jour, ni mois, ni saison.

Le texte donne pourtant un indice que l’on cite souvent. Luc écrit : « Il y avait, dans cette même contrée, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit, pour garder leurs troupeaux » (Luc 2.8). Beaucoup en concluent que Jésus ne peut pas être né en plein hiver, puisque les troupeaux seraient restés à l’abri. L’argument est tentant, mais il est fragile. Les historiens rappellent que le climat de la région de Bethléem n’exclut pas des nuits fraîches avec des troupeaux dehors, et surtout que Luc ne raconte pas la scène pour renseigner un calendrier. Son propos est théologique : une bonne nouvelle annoncée d’abord à des gens simples. Tirer de ce détail une date précise, c’est demander au texte ce qu’il ne cherche pas à dire.

La même prudence vaut pour l’année. Hérode, que Matthieu mentionne, est mort en 4 avant notre ère, ce qui conduit la plupart des spécialistes à placer la naissance de Jésus en 4 avant J.-C. ou un peu avant. Le calendrier que nous utilisons a été construit au VIe siècle, avec quelques années d’écart. Même l’année de Noël est approximative.

Remarquons enfin ce que les évangiles ne commandent pas. Nulle part Jésus n’ordonne de célébrer sa naissance. Nulle part les apôtres n’organisent une fête de la Nativité. Le Nouveau Testament consacre des chapitres entiers à la mort et à la résurrection de Jésus, qu’il demande de commémorer, mais il ne donne aucune consigne pour la naissance.

Faut-il en déduire que la naissance de Jésus compte peu ? Au contraire. Les auteurs du Nouveau Testament ne s’intéressent pas au quand, mais au qui et au pourquoi. « Lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » (Galates 4.4). « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous » (Jean 1.14). La Bible affirme l’événement avec force et reste muette sur son jour. Voilà le premier fait à retenir : le 25 décembre n’est pas un enseignement biblique.

Les premiers chrétiens fêtaient-ils Noël ?

Les sources chrétiennes les plus anciennes ne mentionnent aucune fête de la naissance de Jésus. Ni Irénée de Lyon (vers 130-200), ni Tertullien (vers 160-225) n’évoquent une célébration de Noël. Au IIIe siècle, Origène d’Alexandrie va jusqu’à ridiculiser la coutume romaine de fêter les anniversaires, qu’il juge païenne : pour lui, seuls des personnages comme Pharaon ou Hérode, dans la Bible, célèbrent leur jour de naissance. Les premiers chrétiens fêtaient surtout Pâques, la résurrection, et gardaient le souvenir des martyrs, dont ils appelaient le jour de la mort leur « jour de naissance » au ciel, le dies natalis. Autrement dit : à cette époque, c’est la mort, et non la naissance, qui occupe la liturgie.

La première trace de la date du 25 décembre apparaît à Rome, au IVe siècle. Un recueil de textes appelé la Chronographie de 354 (ou calendrier de Philocalus), dont la partie concernée remonte à l’an 336, porte à la date du 25 décembre une mention en latin : natus Christus in Betleem Judeae, « le Christ est né à Bethléem de Judée ». C’est le plus ancien témoignage clair que nous ayons. Il intervient environ trois cents ans après la naissance de Jésus, sous l’empereur Constantin.

Peut-on remonter plus haut ? L’historien Andrew McGowan, dans une étude de référence publiée par la Biblical Archaeology Society, rappelle un détail précieux. Vers 400, Augustin mentionne que les donatistes, un mouvement chrétien dissident né en Afrique du Nord après l’an 311, célébraient la fête du 25 décembre mais refusaient celle du 6 janvier, qu’ils considéraient comme une innovation. Cela suggère que la fête du 25 décembre existait déjà avant leur séparation, donc avant la conversion de Constantin.

En Orient, le chemin fut différent. Beaucoup d’Églises célébraient la manifestation de Jésus, entre autres sa naissance et son baptême, le 6 janvier, jour de l’Épiphanie. L’Église apostolique arménienne fête encore aujourd’hui la naissance de Jésus à cette date. Les deux dates ont ensuite voyagé : l’Occident a adopté l’Épiphanie en y ajoutant la visite des mages, et l’Orient a progressivement adopté le 25 décembre. Il n’y a donc pas, à l’origine, une seule date reconnue partout, ce qui confirme que personne ne détenait une tradition ancienne et précise sur le jour de la naissance.

Deux explications du 25 décembre : une fête solaire ou un calcul chrétien ?

C’est ici que se joue la question de l’origine de Noël. Deux grandes hypothèses s’affrontent depuis plus d’un siècle.

Première hypothèse : l’Église aurait christianisé une fête du soleil

Au IIIe siècle, l’empire romain traversait une crise grave. En 274, l’empereur Aurélien relève le culte du Soleil invaincu (Sol Invictus) et fait dédier un temple au dieu-soleil. Selon plusieurs historiens, la dédicace aurait eu lieu un 25 décembre, date que le calendrier romain fixait au solstice d’hiver. Cette période suivait par ailleurs les Saturnales, une fête populaire marquée par les banquets et les échanges de cadeaux, du 17 au 23 décembre. Et la Chronographie de 354, celle qui note la naissance du Christ le 25 décembre, mentionne le même jour une fête appelée Natalis Invicti, « naissance de l’Invaincu ».

Dans cette lecture, des responsables de l’Église, voyant des chrétiens attirés par ces festivités, auraient fixé la naissance du Christ au même moment pour détourner les fidèles. On en trouve une formulation explicite dans une note ajoutée à un manuscrit attribué à Jacob Bar-Salibi, évêque syrien du XIIe siècle. Et le symbole était naturellement disponible : les chrétiens appelaient déjà Jésus « le soleil de la justice », d’après Malachie 4.2. Un traité chrétien de la fin du IVe siècle, Sur les solstices et les équinoxes, joue précisément sur cette image : puisque les païens parlent de la naissance de l’Invaincu, c’est le Christ qui est le vrai Invaincu.

Seconde hypothèse : un calcul théologique, sans fête païenne derrière

Cette seconde piste, formulée en 1889 par l’historien Louis Duchesne et défendue depuis par de nombreux chercheurs, part d’une conviction répandue dans l’Antiquité : un personnage exceptionnel meurt le jour même de sa conception. Vers l’an 200, Tertullien rapporte que le 14 nisan, jour de la crucifixion selon l’évangile de Jean, correspondait au 25 mars du calendrier romain. Ce jour devint celui de la conception de Jésus. Neuf mois plus tard, on arrive au 25 décembre. Le traité Sur les solstices et les équinoxes donne précisément ce raisonnement : Jésus a été conçu et est mort un 25 mars, d’où sa naissance au solstice d’hiver.

Dans cette lecture, la date n’aurait rien emprunté à une fête païenne : elle serait le produit d’un raisonnement chrétien sur le calendrier, et la rencontre avec le solstice serait plutôt une coïncidence qui aurait ensuite été exploitée symboliquement.

Ce que les historiens peuvent affirmer, et ce qu’ils ne peuvent pas

Aucune des deux hypothèses n’est prouvée. Les défenseurs de la première doivent expliquer pourquoi le plus ancien témoignage clair d’une grande fête païenne le 25 décembre est contemporain, voire postérieur, à la fête chrétienne. Certains spécialistes de Rome, comme Steven Hijmans, vont même jusqu’à se demander si la fête romaine n’a pas été organisée en réaction à celle des chrétiens. Les défenseurs de la seconde doivent expliquer pourquoi la coïncidence avec le solstice est si parfaite. Il est donc possible que les deux explications se soient renforcées.

La conclusion rigoureuse est modeste : on ne sait pas avec certitude comment le 25 décembre est devenu le jour de Noël. Quiconque affirme, vidéo à l’appui, que « tout le monde sait que Noël est une fête païenne » parle plus fort que ne le permettent les sources. Quiconque assure que l’origine païenne est « totalement impossible » le fait aussi.

Origine ou sens : une date empruntée fait-elle une fête païenne ?

Supposons, pour les besoins du raisonnement, que la première hypothèse soit exacte. Cela suffirait-il à rendre Noël païen ? La question change alors de nature : elle ne relève plus de l’histoire, mais du discernement.

Dans la Bible, l’avertissement contre le mélange est réel. Israël reçoit l’ordre de ne pas adorer son Dieu à la manière des nations (Deutéronome 12.29-31), et l’épisode du veau d’or montre ce qu’il en coûte de présenter à l’Éternel un culte copié sur le voisinage (Exode 32). Mais le Nouveau Testament introduit une distinction que les premiers chrétiens ont comprise. Paul peut citer des poètes grecs devant les Athéniens (Actes 17.28), et il affirme à propos des idoles que « nous savons qu’il n’y a pas d’idole dans le monde » (1 Corinthiens 8.4). Ce n’est pas indifférence : pour lui, un lieu, un objet ou une date ne deviennent pas idolâtres par leur simple histoire, mais par ce qu’on y adore.

Un exemple de notre quotidien aide à voir la différence. En français, lundi vient de la Lune, mardi de Mars, mercredi de Mercure, jeudi de Jupiter et vendredi de Vénus : tous des dieux romains. Personne n’est devenu païen en disant « jeudi ». Remarquons que le christianisme a même transformé deux noms : samedi vient de « sabbat », et dimanche de dies dominica, « jour du Seigneur », et non du soleil comme dans d’autres langues. L’Église ancienne a l’habitude d’habiter le calendrier du monde qui l’entoure sans lui livrer son culte.

Augustin, au Ve siècle, a prêché dans cet esprit : il appelait les chrétiens à fêter ce jour non à cause du soleil, mais à cause de celui qui a fait le soleil. Voilà le critère biblique : une fête est chrétienne ou païenne selon l’objet de son adoration et le contenu de sa proclamation, pas selon l’origine de son calendrier. À Noël, si la proclamation est « Dieu s’est fait homme en Jésus-Christ », le sens est chrétien, quelle que soit l’histoire de la date. Si une pratique adore autre chose (la richesse, la fête pour elle-même, une divinité), le problème ne vient pas de la date, mais de la pratique.

Ce qui est biblique, ce qui est culturel, ce qui est discutable

Pour y voir clair, il est utile de distinguer trois couches dans ce que nous appelons aujourd’hui Noël.

  • Le cœur biblique : l’incarnation. Dieu est entré dans l’histoire humaine en Jésus de Nazareth (Luc 2 ; Jean 1.14 ; Galates 4.4). C’est la raison d’être de la fête, et le texte biblique la garantit pleinement.
  • La date : une tradition de l’Église, pas un enseignement biblique, dont l’origine reste débattue. On peut la recevoir ou ne pas la recevoir sans cesser d’être fidèle à l’Écriture.
  • Les coutumes : sapin, bûche, cadeaux, repas de famille, Père Noël, décorations, commerce. Elles ont des origines très variées et souvent tardives. Le sapin décoré apparaît en Rhénanie et en Alsace au XVIe siècle ; le Père Noël actuel s’inspire de saint Nicolas, évêque du IVe siècle, mais sa figure moderne date du XIXe. Chacune de ces coutumes doit être jugée pour ce qu’elle est et ce qu’elle signifie dans votre maison, et non en bloc.

Cette distinction évite deux erreurs symétriques. La première est de condamner Noël en entier à cause de l’origine possible d’une date ou d’une coutume. La seconde est de tout accepter au motif que « ce n’est que de la culture ». Dans les deux cas, on s’épargne le travail du discernement. Ce travail est celui de l’article suivant.

Questions fréquentes

Jésus est-il né le 25 décembre ?

Nous ne le savons pas. Aucun texte biblique ne donne la date, et les sources chrétiennes les plus anciennes ne la connaissent pas. Le 25 décembre est une tradition attestée à Rome en 336, pas un fait établi.

Les mages étaient-ils trois, et sont-ils venus à la crèche ?

Matthieu parle de « mages d’Orient » (Matthieu 2.1) et de trois présents : or, encens et myrrhe. Il ne donne pas leur nombre. Il les situe dans « la maison » (Matthieu 2.11), donc plus tard que les bergers, ce que la tradition a simplifié en les faisant arriver ensemble à la crèche.

Les premiers chrétiens fêtaient-ils Noël ?

Dans les sources qui nous sont parvenues, on ne trouve aucune fête de la naissance de Jésus avant le IVe siècle. Ils célébraient surtout Pâques et la mémoire des martyrs.

Noël est-il d’origine païenne ?

La date est peut-être liée à une fête romaine du soleil, peut-être à un calcul chrétien, et les historiens restent partagés. Le cœur de la fête, l’incarnation, est entièrement biblique. Beaucoup de coutumes actuelles sont d’origine culturelle et tardive.

Conclusion : la bonne question n’est pas « d’où vient la date ? »

Noël est-il une fête païenne ? Dans son cœur, non : il célèbre un événement que les évangiles racontent avec précision, la venue de Dieu parmi les hommes. Dans sa date, la réponse honnête est « nous ne savons pas avec certitude ». Dans ses coutumes, tout dépend de ce qu’on met derrière chacune.

Cette réponse a l’avantage de nous libérer de deux attitudes fatigantes : la peur d’être pris en faute à chaque guirlande, et la naïveté qui ne se pose aucune question. Elle nous ramène à l’essentiel : à qui s’adresse notre fête, et qu’est-ce qu’elle proclame ? Si vous voulez examiner cela de façon concrète, avec les arguments de ceux qui refusent Noël et de ceux qui le célèbrent, lisez maintenant l’article suivant : un chrétien peut-il fêter Noël ?

Et si vous n’avez jamais lu un évangile, vous n’avez pas besoin de croire quoi que ce soit pour commencer : ouvrez Luc 2 et lisez simplement le récit. Vous y trouverez ce que, depuis près de deux mille ans, des millions de personnes célèbrent, bien au-delà de toute querelle de calendrier. Pour une présentation simple de la foi chrétienne, voyez notre page Commencer ici ou l’article Qu’est-ce qu’un chrétien, concrètement ?

Noël : ce que dit la Bible

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