Comment être sûr d’être sauvé ? Ce que dit la Bible
Il y a des personnes qui ont prié « la prière du salut » cinq, dix, vingt fois dans leur vie. Pas par négligence, mais par inquiétude. À chaque appel lancé à la fin d’une réunion, elles lèvent de nouveau la main, au cas où la fois précédente « n’aurait pas marché ». Elles ont cru, elles croient encore, du moins le pensent-elles, mais une question ne les lâche pas : comment savoir que c’est vrai ?
Comment être sûr que Dieu m’a réellement accepté, et que je ne suis pas en train de me raconter une histoire ? À l’autre bout du spectre, il y a ceux qui n’ont jamais douté une seconde. Ils ont une date, un lieu, un souvenir précis, et cela leur suffit. Le problème, c’est que leur vie actuelle ne ressemble en rien à ce que décrit le Nouveau Testament, et que cela ne semble pas les troubler.
Ces deux situations posent la même question sous deux angles opposés : sur quoi repose la certitude d’être sauvé ? Sur un souvenir ? Sur un sentiment ? Sur une conduite irréprochable ? Sur une parole entendue ?
La réponse n’est pas anodine, car si l’on construit son assurance sur le mauvais fondement, on obtient soit une angoisse sans fin, soit une tranquillité sans fondement. Dans l’article précédent de cette série, nous nous sommes demandé si l’on peut perdre son salut, et nous avons vu que la Bible tient ensemble des promesses de sécurité très fortes et des avertissements très sérieux. Il reste une question pratique, peut-être la plus pressante pour beaucoup : comment savoir, concrètement, si ces promesses me concernent ?
Comme dans le reste de cette série, je distinguerai ce que dit le texte biblique, la manière dont il a été interprété dans l’histoire, et ce qui relève de mon analyse personnelle. Sur un sujet qui touche à ce qu’un être humain a de plus intime, la moindre des choses est d’être clair sur la source de chaque affirmation.
Peut-on vraiment savoir ? Une question plus ancienne qu’on ne le croit
Pour un lecteur qui ne partage pas la foi chrétienne, la question peut sembler étrange, voire présomptueuse. N’est-il pas plus humble de dire : « J’espère que Dieu m’acceptera, mais je ne peux pas le savoir » ?
Cette position a toutes les apparences de la modestie. Elle a d’ailleurs été défendue officiellement dans l’histoire de l’Église. Au XVIe siècle, en réaction à la Réforme protestante, le concile de Trente a déclaré qu’en dehors d’une révélation particulière, personne ne peut savoir avec la certitude de la foi qu’il a obtenu la grâce de Dieu. Les Réformateurs, Luther et Calvin en tête, ont soutenu l’inverse : pour eux, la foi elle-même comporte une forme d’assurance, puisqu’elle consiste à se fier à une promesse que Dieu a faite.
Un siècle plus tard, la Confession de foi de Westminster (1646) nuancera la position protestante en consacrant tout un chapitre à « l’assurance de la grâce et du salut » : elle affirme que les croyants peuvent parvenir à une certitude réelle, mais reconnaît qu’un vrai croyant peut attendre longtemps et lutter beaucoup avant d’y parvenir, et que cette assurance peut être ébranlée puis retrouvée. Voilà pour l’histoire et l’interprétation.
Que dit le texte lui-même ? Il est, sur ce point, d’une netteté remarquable. Vers la fin de sa première lettre, l’apôtre Jean explique pourquoi il l’a écrite :
« Je vous ai écrit ces choses, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu. » (1 Jean 5.13, Louis Segond 1910)
Remarquez trois choses. D’abord, le verbe : « afin que vous sachiez ». Jean ne dit pas « afin que vous espériez » ou « afin que vous supposiez ». Il parle de savoir. Ensuite, le temps : « que vous avez la vie éternelle ». Pas « que vous l’aurez peut-être un jour », mais que vous l’avez déjà. Enfin, les destinataires : « vous qui croyez au nom du Fils de Dieu ».
L’assurance n’est pas promise à tout le monde, mais à ceux qui croient. Le texte ouvre donc deux portes à la fois : il affirme que la certitude est possible et voulue par Dieu, et il en précise les conditions.
Cela suffit à écarter l’idée que l’incertitude permanente serait la marque d’une foi humble. Si Dieu a fait écrire une lettre entière pour que ses enfants sachent qu’ils ont la vie, alors douter éternellement de cette promesse n’est pas de l’humilité, c’est une forme de méfiance envers celui qui l’a faite. Mais cela ne signifie pas non plus que n’importe quelle certitude soit légitime. Toute la question est de savoir sur quoi elle repose.
Ce que l’assurance du salut n’est pas
Avant de construire, il faut dégager le terrain. Trois idées très répandues donnent une fausse base à l’assurance, et elles expliquent une grande partie des angoisses comme des illusions.
Ce n’est pas d’abord un sentiment
Beaucoup de chrétiens mesurent leur salut à la température de leurs émotions. Les jours où ils se sentent proches de Dieu, ils sont sûrs d’être sauvés ; les jours où ils ne ressentent rien, ils doutent de tout. Le problème, c’est que nos émotions dépendent de mille facteurs qui n’ont rien à voir avec Dieu : la fatigue, la santé, le tempérament, les circonstances, la météo même. Un homme marié n’est pas moins marié le matin où il se réveille de mauvaise humeur.
Son mariage repose sur un engagement prononcé, pas sur ce qu’il éprouve à sept heures du matin. Si l’assurance du salut reposait sur les sentiments, elle serait aussi instable qu’eux. La Bible ne l’ignore pas : elle connaît des croyants qui se sentent abandonnés, comme en témoignent de nombreux psaumes de lamentation, sans que leur relation avec Dieu soit rompue pour autant.
Ce n’est pas une date ni une prière
À l’inverse, d’autres fondent leur certitude sur un événement passé : « J’ai prié telle prière, tel jour, donc je suis sauvé. » Il est bon de se souvenir du moment où l’on s’est tourné vers Dieu, et pour beaucoup ce moment a été réel et décisif. Mais il faut le dire clairement : le Nouveau Testament ne fait jamais reposer l’assurance sur la récitation d’une formule.
Il ne connaît pas de « prière du pécheur » au sens où on l’entend parfois aujourd’hui. Il parle de foi, de repentance, d’une relation vivante. Une prière peut être l’expression sincère de la foi ; elle n’en est pas la garantie. Jésus avertit d’ailleurs que certains l’appelleront « Seigneur » sans qu’il les ait jamais connus (Matthieu 7.21-23, que nous avons examiné dans l’article précédent). Le problème n’était pas qu’ils n’avaient rien dit ; c’est que ce qu’ils disaient ne correspondait à aucune réalité intérieure.
Ce n’est pas l’absence de doute
Enfin, beaucoup s’imaginent qu’un vrai croyant ne doute jamais, et concluent de leurs doutes qu’ils ne sont pas sauvés. C’est confondre la foi avec une sorte d’insensibilité intellectuelle. L’Évangile de Marc rapporte l’histoire d’un père venu supplier Jésus de guérir son fils. Quand Jésus lui dit que tout est possible à celui qui croit, l’homme répond par un cri d’une honnêteté bouleversante : « Je crois! viens au secours de mon incrédulité! » (Marc 9.24). Il croit et il doute en même temps, et il le dit.
Jésus ne le renvoie pas en lui demandant de revenir quand sa foi sera pure. Il guérit son fils. La foi qui sauve n’est pas une foi sans faille ; c’est une foi qui se tourne vers la bonne personne, même en tremblant. Ce qui sauve, ce n’est pas la force de ma foi, c’est la fiabilité de celui en qui je la place. Une main qui tremble peut saisir une corde solide, et c’est la corde qui tient.
Le premier fondement : ce que Dieu a promis
Si l’assurance ne repose ni sur nos émotions, ni sur un rituel, ni sur l’absence de doute, sur quoi repose-t-elle ? Le Nouveau Testament propose ce qu’on pourrait appeler trois appuis. Le premier, et de loin le plus important, est extérieur à nous : c’est la promesse de Dieu.
Jésus déclare dans l’Évangile de Jean :
« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » (Jean 5.24)
Le contexte est celui d’une controverse : Jésus vient de guérir un homme un jour de sabbat, et il revendique devant ses adversaires l’autorité de donner la vie et de juger (Jean 5.16-23). C’est au cœur de cette revendication qu’il fait cette promesse. Elle a la forme d’une affirmation solennelle (« En vérité, en vérité »), elle porte sur une réalité présente (« a la vie éternelle »), sur un avenir garanti (« ne vient point en jugement ») et sur un changement déjà accompli (« il est passé de la mort à la vie »). Les conditions sont simples : écouter sa parole et croire à celui qui l’a envoyé. Rien n’est dit de la perfection morale, du niveau d’émotion ou du nombre d’années de fidélité.
L’apôtre Jean reprend la même logique dans sa lettre, juste avant le verset sur l’assurance que nous avons cité :
« Et voici ce témoignage, c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. » (1 Jean 5.11-12)
Le raisonnement est d’une simplicité presque mathématique. La vie éternelle n’est pas une chose que Dieu distribue à part, comme une récompense. Elle est « dans son Fils ». Avoir la vie, c’est donc avoir le Fils, c’est-à-dire être uni à lui par la foi. La question « suis-je sauvé ? » devient alors : « Est-ce que je me confie en Jésus-Christ pour ce qu’il est et ce qu’il a fait ? » Ce n’est pas une question sur la qualité de ma vie, c’est une question sur l’objet de ma confiance.
Le prologue du même Évangile le dit autrement :
« Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, » (Jean 1.12)
Le pronom « elle » renvoie à la Parole, c’est-à-dire au Christ, que Jean vient de présenter. Recevoir le Christ et croire en son nom, c’est la même réalité vue sous deux angles. Et ce qui en résulte n’est pas un simple pardon, mais une nouvelle identité : devenir enfant de Dieu.
Paul, enfin, tire la conséquence de cette promesse dans l’épître aux Romains. Après avoir longuement démontré que personne n’est juste devant Dieu par ses propres œuvres, il conclut :
« Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, » (Romains 5.1)
et un peu plus loin :
« Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. » (Romains 8.1)
Être « justifié », dans le vocabulaire de Paul, c’est être déclaré juste par le juge. Ce n’est pas devenir parfait du jour au lendemain ; c’est recevoir un verdict. Et un verdict prononcé par Dieu ne se renégocie pas chaque matin selon notre humeur.
Pourquoi ce premier fondement est-il décisif ? Parce qu’il est le seul qui ne dépende pas de nous. Si l’assurance reposait d’abord sur ce que je constate en moi, elle serait toujours fragile, car je ne me connais qu’imparfaitement et je trouverai toujours en moi de quoi douter.
Mais si elle repose d’abord sur ce que Dieu a promis, elle a la solidité de celui qui promet. C’est pourquoi le premier geste de quelqu’un qui doute de son salut ne devrait pas être de scruter son cœur, mais de relire ce que Dieu a dit. On ne se rassure pas en regardant la profondeur du gouffre ; on se rassure en regardant la solidité du pont.
Le deuxième fondement : les traces d’une vie nouvelle
Si nous nous arrêtions là, nous aurions pourtant un problème. Car la même lettre de Jean qui affirme si fortement la promesse contient aussi une série de critères concrets, presque des tests, qui permettent de vérifier si la foi est réelle. Pour les comprendre, il faut savoir dans quelle situation Jean écrit.
Les communautés auxquelles il s’adresse viennent de traverser une crise. Un groupe a quitté l’Église (1 Jean 2.19) en emportant avec lui un enseignement qui niait que Jésus soit vraiment venu dans la chair, et qui, semble-t-il, considérait que la conduite morale n’avait guère d’importance pour ceux qui possédaient la « vraie connaissance ».
Les croyants restés fidèles sont déstabilisés : ces gens partis affirmaient connaître Dieu mieux que tout le monde. Qui a raison ? Comment savoir qui connaît vraiment Dieu ? C’est dans ce contexte que Jean donne ses critères. Ils ne sont pas destinés à torturer les consciences, mais à permettre de distinguer une foi réelle d’une prétention religieuse.
Le premier critère est l’obéissance :
« Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l’avons connu. » (1 Jean 2.3)
Le deuxième est l’amour concret pour les autres croyants :
« Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. » (1 Jean 3.14)
Remarquez que Jean utilise ici exactement l’expression de Jésus en Jean 5.24 : « passés de la mort à la vie ». Ce n’est pas un hasard. La promesse dit ce que Dieu a fait ; l’amour en est la trace visible. Le changement intérieur produit des effets extérieurs, comme une source produit un ruisseau.
Il faut cependant lire ces critères avec la même attention que Jean, sinon on en fait un instrument de condamnation. Car au tout début de sa lettre, le même apôtre écrit :
« Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous.
Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. » (1 Jean 1.8-9)
Le critère n’est donc pas l’absence de péché. Celui qui prétend ne plus pécher se trompe lui-même, dit Jean. Le critère est la direction de la vie et l’attitude face au péché. Le vrai croyant pèche encore, mais il ne s’en accommode pas : il le confesse, il le combat, il en souffre.
Celui qui ne connaît pas Dieu, lui, peut pécher sans trouble, ou bien nier qu’il pèche. Paradoxalement, la douleur que ressent un chrétien devant ses fautes est souvent l’un des signes les plus clairs que l’Esprit de Dieu travaille en lui.
Paul décrit la même réalité sous l’image du fruit :
« Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance; » (Galates 5.22)
L’image est parlante. Un fruit ne se fabrique pas, il pousse. Il ne pousse pas en une nuit, mais lentement, de saison en saison. Et sur un même arbre, certains fruits sont mûrs pendant que d’autres sont encore verts. Celui qui cherche dans sa vie les traces de l’œuvre de Dieu ne doit donc pas chercher la perfection, mais la croissance : suis-je, sur la durée, plus capable d’aimer, de pardonner, de résister, de dire la vérité qu’il y a quelques années ? Le regard porte sur la trajectoire, non sur l’instant.
C’est dans cette lumière qu’il faut lire l’exhortation de Paul aux Corinthiens, souvent citée hors contexte :
« Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous? à moins peut-être que vous ne soyez réprouvés. » (2 Corinthiens 13.5)
Le contexte est piquant. Une partie de l’Église de Corinthe remettait en cause l’autorité de Paul et exigeait qu’il prouve que le Christ parlait par lui (2 Corinthiens 13.3). Paul retourne la question : « Vous voulez m’examiner ? Examinez-vous d’abord vous-mêmes. » Et sa question suppose une réponse positive : « Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous ? » Autrement dit, si leur foi est réelle, et Paul pense qu’elle l’est, alors cette foi même prouve que l’Évangile qu’il leur a prêché était authentique.
L’examen de soi n’est donc pas une invitation à l’introspection angoissée et sans fin ; c’est une vérification honnête, faite dans l’espérance d’un résultat favorable.
Le troisième fondement : le témoignage intérieur de l’Esprit
Le troisième appui est le plus mystérieux, et c’est pourquoi il faut en parler avec précaution. Paul écrit aux Romains :
« Et vous n’avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte; mais vous avez reçu un esprit d’adoption, par lequel nous crions: Abba! Père! L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Romains 8.15-16)
Le contexte est essentiel. Paul vient d’expliquer que ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu (Romains 8.14). Puis il oppose deux attitudes intérieures : celle de l’esclave, qui vit dans la crainte d’être puni ou renvoyé, et celle de l’enfant adopté, qui sait qu’il appartient à la maison.
Dans le monde romain, l’adoption était un acte juridique solennel : l’adopté recevait un nouveau nom, un nouveau statut et des droits d’héritier. Le mot « Abba » est le terme araméen par lequel un enfant s’adressait à son père, un mot de proximité et de confiance que Jésus lui-même utilisait dans la prière (Marc 14.36).
Que signifie alors que l’Esprit « rend témoignage à notre esprit » ? Le texte ne décrit pas une voix audible ni une expérience extraordinaire. Il décrit une conviction intérieure, produite par Dieu, qui se manifeste précisément dans ce cri : « Abba ! Père ! »
C’est le fait de pouvoir s’adresser à Dieu non plus comme à un juge redouté, mais comme à un Père. Beaucoup de croyants font cette expérience sans savoir la nommer : au cœur même de leurs luttes, quelque chose en eux continue de se tourner vers Dieu, de l’appeler, de refuser de le lâcher. Ce mouvement-là, selon Paul, ne vient pas d’eux. Il est la signature de l’Esprit.
Il faut toutefois être prudent, et c’est ici mon analyse : ce troisième fondement ne doit jamais être isolé des deux autres. Une impression intérieure, aussi forte soit-elle, peut nous tromper si elle n’est pas confirmée par la promesse de Dieu et par une vie qui change. L’histoire de l’Église est remplie de gens qui se disaient certains d’être conduits par l’Esprit tout en vivant aux antipodes de l’Évangile. Le témoignage de l’Esprit, dans le Nouveau Testament, n’est pas une émotion indépendante ; il va toujours dans le même sens que la Parole et il produit le même fruit que celui décrit en Galates 5.
Comment ces trois fondements tiennent ensemble
On peut se représenter ces trois appuis comme les trois pieds d’un tabouret. Avec un seul pied, on tombe. Avec deux, on vacille. Avec trois, on tient. Mais l’image a ses limites, car les trois pieds ne sont pas de même nature.
La promesse de Dieu est le fondement ; les deux autres sont des confirmations. C’est ce que suggère l’ordre même des textes : Jean 5.24 et 1 Jean 5.11-13 parlent d’abord de ce que Dieu donne à celui qui croit, et c’est ensuite que viennent les signes qui confirment que cette foi est vivante.
Cet ordre a des conséquences pratiques considérables. Si l’on commence par chercher en soi les preuves de son salut, on tombe presque inévitablement dans l’un de deux pièges. Soit on est sévère avec soi-même, et l’on trouve toujours une raison de douter, car aucune vie humaine ne résiste à un examen minutieux.
Soit on est indulgent avec soi-même, et l’on finit par se contenter de signes superficiels. Si l’on commence au contraire par regarder au Christ et à ce qu’il a promis, l’examen de soi change de nature : il ne s’agit plus de mériter l’assurance, mais de vérifier que la foi est réelle. Et une foi réelle, même faible, produit toujours quelque chose.
On pourrait résumer ainsi : la promesse de Dieu répond à la question « Qu’est-ce qui me sauve ? » ; la vie nouvelle répond à la question « Ma foi est-elle réelle ? » ; et le témoignage de l’Esprit répond à la question « Est-ce que je connais Dieu comme Père ? ». Celui qui peut, même timidement, répondre aux trois a toutes les raisons bibliques d’être en paix.
Quand le cœur nous condamne
Reste la situation la plus douloureuse : celle de croyants qui connaissent ces textes, qui se confient au Christ, dont la vie porte des traces réelles de changement, et qui pourtant n’arrivent pas à être en paix. Leur cœur les accuse sans relâche. Jean a prévu ce cas, et ce qu’il en dit est l’un des passages les plus consolants de toute sa lettre :
« Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité, et nous rassurerons nos coeurs devant lui; car si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît toutes choses. » (1 Jean 3.19-20)
Jean ne dit pas que le cœur qui condamne a toujours tort. Il dit qu’il n’a pas le dernier mot. Notre conscience est un témoin précieux, mais c’est un témoin faillible : elle peut se taire quand elle devrait parler, et accuser quand Dieu a déjà pardonné.
Au-dessus d’elle, il y a un juge plus grand, qui « connaît toutes choses », y compris la sincérité de notre foi que nous-mêmes ne parvenons plus à voir. Cela signifie qu’il est possible d’être en règle avec Dieu tout en se sentant condamné. Et cela signifie aussi que le remède n’est pas de faire taire sa conscience par la force, mais de la remettre sous l’autorité de ce que Dieu a dit.
D’où viennent ces doutes persistants ? Ici, il faut distinguer plusieurs causes, car elles n’appellent pas la même réponse. Il y a parfois un péché réel, connu, que l’on refuse d’abandonner. Dans ce cas, le doute est un avertissement salutaire, et la réponse est la confession et le changement, selon 1 Jean 1.9.
Il y a parfois un enseignement déformé, qui a fait du salut une récompense à mériter ; la réponse est alors de revenir patiemment à l’Évangile de la grâce. Il y a parfois une période de sécheresse spirituelle, où Dieu semble absent ; les psaumes montrent que les croyants les plus fidèles ont traversé ces déserts sans perdre leur relation avec Dieu. Et il y a parfois des causes qui relèvent du tempérament ou de la santé psychique : certaines personnes souffrent d’une forme d’anxiété, parfois appelée scrupulosité, qui les pousse à vérifier sans fin leur état spirituel, comme d’autres vérifient vingt fois qu’ils ont fermé leur porte.
Dans ce dernier cas, il ne s’agit plus d’abord d’un problème théologique, et un accompagnement pastoral, voire professionnel, peut être une aide précieuse. Ce n’est pas un manque de foi que de le reconnaître.
Ce que cela change concrètement
Une doctrine qui ne change rien à la manière de vivre n’est qu’une opinion. Voici donc ce que ces textes disent, selon moi, à trois catégories de personnes.
Si vous doutez sans cesse de votre salut
Cessez de chercher l’assurance d’abord en vous-même. Votre regard intérieur est probablement déjà épuisé à force de s’examiner. Retournez à la promesse : « celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ».
Posez-vous une seule question : est-ce que je me confie en Jésus-Christ, même faiblement, même en tremblant ? Si la réponse est oui, alors la promesse vous concerne, que vous le ressentiez ou non. Et ne refaites pas indéfiniment la même prière comme si Dieu ne vous avait pas entendu la première fois. Remerciez-le plutôt de ce qu’il a promis.
La foi ne se manifeste pas seulement en demandant, mais aussi en croyant que la demande a été reçue. Si votre angoisse ne cède pas malgré tout, parlez-en à un pasteur ou à un croyant mûr : on ne combat pas toujours seul ce genre de lutte.
Si vous êtes sûr d’être sauvé mais que rien n’a changé
L’assurance biblique n’est pas faite pour vous rassurer dans une vie qui ignore Dieu. Jean est clair : « Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. » Si votre certitude repose uniquement sur un souvenir, et que votre vie actuelle ne porte aucune trace d’obéissance, d’amour ou de lutte contre le péché, alors la question honnête n’est pas « suis-je sûr ? » mais « ai-je jamais vraiment cru ? »
Ce n’est pas une condamnation, c’est une invitation. La même promesse qui rassure l’angoissé vous est offerte aujourd’hui, à condition de la recevoir réellement, c’est-à-dire de vous tourner vers le Christ non comme vers une assurance-vie, mais comme vers un Seigneur.
Si vous ne savez pas si vous avez jamais cru
Peut-être lisez-vous cet article sans être certain d’avoir jamais fait le pas de la foi. La bonne nouvelle, c’est que la question se règle au présent, pas au passé. Vous n’avez pas besoin de retrouver dans votre mémoire le jour où tout a commencé. Vous avez besoin de répondre aujourd’hui à l’offre de Dieu : recevoir le Christ, croire en son nom, et devenir ainsi enfant de Dieu (Jean 1.12). Ce que Dieu promet, il le promet à celui qui croit maintenant.
Conclusion : une certitude qui repose sur un autre
Comment être sûr d’être sauvé ? Non pas en regardant d’abord à soi, mais en regardant d’abord à Celui qui promet.
La certitude chrétienne n’est pas l’arrogance de quelqu’un qui se croit meilleur que les autres ; c’est la paix de quelqu’un qui a cessé de compter sur lui-même. Elle repose sur une promesse que Dieu a faite, elle est confirmée par une vie qui change lentement mais réellement, et elle est scellée par l’Esprit qui nous apprend à dire « Père ». Aucun de ces fondements ne demande la perfection. Tous demandent la vérité.
C’est peut-être là le point le plus libérateur de tout ce sujet : la Bible ne vous demande pas d’être certain de vous-même, elle vous invite à être certain de Dieu. Et c’est précisément parce que la certitude repose sur un autre qu’elle peut résister aux jours de doute, aux chutes et aux silences. Le croyant n’est pas sûr parce qu’il est fort ; il est sûr parce que Celui qui l’a appelé est fidèle.
Dans le dernier article de cette série, nous aborderons une question qui hante beaucoup de consciences sensibles et qui touche directement à l’assurance du salut : qu’est-ce que le péché contre le Saint-Esprit, et peut-on l’avoir commis sans le savoir ?
Pour aller plus loin
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