La masturbation est-elle un péché selon la Bible ?
Comment vaincre la masturbation ?
« Je lis la Parole de Dieu tous les jours, je prie, je me suis confessé, je me suis repenti, et je ne suis toujours pas délivré. » Ce sont les mots, presque exacts, d’un frère qui nous a écrit après des décennies de fidélité.
Sa colère n’est pas dirigée contre Dieu elle est dirigée contre des années de réponses qui n’ont jamais réellement répondu à la question qu’il posait. Et cette question, la voici, sans détour : qu’est-ce que la Bible dit vraiment sur la masturbation ? Pas ce qu’on répète depuis des générations dans les groupes de jeunes.
Pas ce qu’un prédicateur mal préparé a lancé un dimanche pour combler un silence gênant. Ce que le texte, lu honnêtement, affirme réellement.
C’est cette question que cet article va traiter, avec toute la rigueur qu’elle mérite.
Posons d’abord une définition claire, pour savoir précisément de quoi nous parlons avant d’aller chercher ce que le texte biblique en dit : la masturbation est une pratique qui consiste à se caresser les organes génitaux, à la main ou à l’aide de divers moyens, pour se procurer du plaisir ou soulager une tension sexuelle, en général jusqu’à l’orgasme, avec ou sans éjaculation. Cette définition posée, entrons dans le texte.
Un silence que le texte assume
Il faut le dire d’emblée, parce que peu de gens osent le faire : la Bible ne nomme jamais explicitement la masturbation. Aucun verset, dans aucun des soixante-six livres, ne dit « tu ne te masturberas point », ni même n’y fait une allusion suffisamment claire pour qu’on puisse en tirer une loi directe. Ce constat dérange, parce qu’on voudrait un verset simple pour un problème qui nous semble simple à poser.
Mais ce silence n’est ni un hasard ni une négligence il oblige simplement à lire la Bible comme elle a toujours dû être lue : en distinguant ce que le texte affirme explicitement, ce qu’on peut raisonnablement en déduire par les principes qu’il pose ailleurs, et ce qui relève d’une application pastorale, prudente mais non directement écrite noir sur blanc.
Ce silence a été comblé de deux manières, toutes deux malhonnêtes envers le texte. La première consiste à forcer un verset à dire ce qu’il ne dit pas, pour obtenir la condamnation nette qu’on cherche. La seconde consiste à conclure du silence que la question ne mérite pas d’être posée, comme si l’absence du mot signifiait l’absence de tout enjeu moral.
Il existe pourtant un principe d’interprétation simple, qui évite ces deux excès : chaque fois que la Bible ne mentionne pas explicitement une pratique précise, la réponse doit être cherchée dans les principes qu’elle pose ailleurs, de façon corrélative. Prenons un exemple qui n’a rien à voir avec notre sujet, pour bien voir le principe à l’œuvre : la Bible ne mentionne nulle part l’usage de la marijuana.
Mais des principes qu’elle pose clairement ailleurs obéir à la loi du pays, traiter son corps comme un temple, ne pas s’intoxiquer, ne se laisser dominer par rien permettent, une fois assemblés, d’arriver à une conclusion réellement biblique sur la question, sans qu’aucun verset n’ait eu besoin de nommer la substance elle-même.
C’est exactement cette méthode qu’il faut appliquer ici plutôt que de forcer un texte à parler d’un sujet qu’il n’aborde pas frontalement.
Commençons par démonter la première malhonnêteté, parce qu’elle est de loin la plus répandue dans le monde chrétien francophone.
Le texte d’Onan : l’histoire la plus mal citée de toute cette discussion
Depuis des générations, un texte revient systématiquement dans les enseignements sur la masturbation : l’histoire d’Onan, en Genèse 38. On la cite comme si elle réglait la question définitivement Dieu aurait frappé un homme mort pour un acte proche de la masturbation, preuve indiscutable de sa gravité.
Le problème, c’est que ce texte ne parle pas de cela, et le relire attentivement suffit à s’en rendre compte.
Voici le contexte : Juda, patriarche de la tribu qui portera son nom, a un fils aîné, Er, marié à une femme du nom de Tamar. Er meurt sans descendance, « à cause de sa méchanceté » (Genèse 38:7), sans que le texte précise laquelle.
Selon la coutume du lévirat une pratique codifiée plus tard dans la Loi (Deutéronome 25:5-6) il revient au frère du défunt, Onan, d’épouser la veuve pour lui donner une descendance qui portera légalement le nom du frère mort.
C’est un devoir familial et social, pas un simple arrangement sentimental : la descendance ainsi donnée à Tamar assurait la survie du nom d’Er, sa part d’héritage, et la protection de la veuve elle-même dans une société où une femme sans fils avait un statut extrêmement précaire.
Le texte dit alors ceci : « Onan, sachant que cette postérité ne serait pas à lui, se souillait à terre lorsqu’il allait vers la femme de son frère, afin de ne pas donner de postérité à son frère » (Genèse 38:9). Et le verset suivant conclut : « Ce qu’il faisait déplut à l’Éternel, qui le fit aussi mourir » (Genèse 38:10).
Regarde bien ce que le texte identifie comme la faute : ce n’est pas l’acte physique en lui-même, isolé de tout contexte. C’est le refus délibéré, répété, d’accomplir un devoir précis envers son frère et sa belle-sœur, motivé par un calcul égoïste Onan profitait des relations conjugales sans vouloir en assumer la conséquence légale, parce que tout enfant né porterait le nom et l’héritage de son frère mort, pas le sien.
C’est un péché de trahison familiale et d’égoïsme calculé, pas une condamnation générale d’un acte physique pratiqué dans un tout autre contexte, des siècles plus tard, par quelqu’un qui n’a absolument aucun lien avec un devoir de lévirat.
Utiliser ce texte comme preuve contre la masturbation, c’est lui faire dire ce qu’il ne dit pas et c’est, plus grave encore, fragiliser toute la crédibilité d’un enseignement par ailleurs juste, aux yeux d’un lecteur qui prendrait la peine de vérifier le texte lui-même.
Mieux vaut corriger cette lecture nous-mêmes que de laisser un lecteur informé nous le reprocher, à raison, en commentaire.
Ce que le texte adresse vraiment : la convoitise
Si le texte d’Onan ne répond pas à la question, quels textes y répondent réellement ? Ceux qui parlent, non pas de l’acte isolé, mais de ce qui l’accompagne presque toujours : la convoitise du cœur.
Jésus pose le principe le plus radical du Nouveau Testament sur ce sujet dans le Sermon sur la montagne : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur » (Matthieu 5:27-28, Louis Segond).
La Bible Parole Vivante le rend de façon plus directe encore : « celui qui regarde la femme d’un autre avec envie, celui-là, dans son cœur, a déjà couché avec cette femme ».
Jésus déplace ici le lieu du péché : il ne se situe pas seulement dans l’acte extérieur, mais déjà dans le désir intérieur cultivé et entretenu. Un fantasme retenu, une image regardée puis rejouée dans l’esprit, un souvenir qu’on choisit de raviver plutôt que de congédier voilà ce que ce verset vise directement.
Or c’est précisément ce carburant mental qui accompagne, dans l’immense majorité des cas concrets, l’acte de la masturbation. Ce n’est donc pas un hasard si tant de croyants sentent, à raison, que quelque chose ne va pas dans cette pratique : ils perçoivent, même sans savoir l’articuler théologiquement, la présence de cette convoitise que Jésus nomme sans détour.
Jacques va plus loin encore en décrivant le mécanisme lui-même : « chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. Puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché » (Jacques 1:14-15). La progression est claire : un désir, laissé à lui-même et nourri, produit un acte.
Ce texte n’a pas besoin de nommer la masturbation pour s’appliquer directement à elle, parce qu’il décrit la mécanique même de ce qui s’y joue.
Paul ajoute une dimension supplémentaire, celle du corps lui-même : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ? » (1 Corinthiens 6:19-20).
Le corps du croyant n’est pas un territoire neutre, séparé de sa vie spirituelle il est habité par l’Esprit, et cela engage la manière dont on en use, y compris dans l’intimité la plus cachée, celle qu’aucun regard humain ne voit.
Le mot derrière « impudicité » : une petite étude de porneia
Un mot grec mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il structure plusieurs des versets déjà cités dans cet article et qu’il éclaire directement notre question. C’est le mot porneia (πορνεία), que nos Bibles traduisent selon les versions par « impudicité », « fornication » ou « immoralité sexuelle ». C’est ce mot que Paul emploie quand il écrit : « Fuyez l’impudicité. Quelque autre péché qu’un homme commette, ce péché est hors du corps ; mais celui qui se livre à l’impudicité pèche contre son propre corps » (1 Corinthiens 6:18).
Porneia vient du verbe grec pernēmi, « vendre » le mot désignait à l’origine la prostitution.
Son sens s’est ensuite élargi, dans le grec biblique, pour couvrir plus largement toute activité sexuelle qui sort du cadre que Dieu a fixé pour la sexualité dès la création : l’union, dans l’alliance du mariage, entre un homme et une femme (Genèse 2:24).
C’est sous ce terme large que le Nouveau Testament regroupe l’adultère, la fornication, l’inceste (1 Corinthiens 5:1), les pratiques homosexuelles et, plus généralement, tout rapport sexuel illicite (Marc 7:21 ; Galates 5:19).
Il faut apporter ici une précision, pour rester honnête avec le texte plutôt que de simplifier à l’excès : certains commentateurs relèvent aussi un usage imagé du mot chez les prophètes de l’Ancien Testament, où Israël est accusé de « se prostituer » derrière d’autres dieux (Osée 1 à 3 ; Ézéchiel 16). Cela ne signifie pas que porneia signifierait littéralement « idolâtrie » son sens premier reste l’immoralité sexuelle réelle. L’infidélité religieuse d’Israël est simplement décrite, par une image volontairement crue, avec le vocabulaire de l’infidélité conjugale. Il ne faut pas aplatir cette nuance : le mot vise d’abord et avant tout un rapport sexuel illégitime, pas une métaphore religieuse.
Voici ce qui rend cette étude directement utile à notre question. Le mot français « pornographie » vient lui-même de ce même terme grec, associé à graphein, « écrire » ou « représenter » littéralement, « la représentation de la prostitution ». Ce n’est pas un simple hasard étymologique : cela signifie que le lien entre la pornographie, la convoitise qu’elle nourrit, et la catégorie biblique de la porneia n’est pas une extrapolation moderne artificielle. C’est, à des siècles de distance, le même mot pour la même réalité.
La Bible ne classe donc jamais la masturbation elle-même, isolément, dans la catégorie de la porneia ce terme vise en premier lieu l’acte sexuel illicite commis avec une autre personne.
Mais quand elle naît de cette même dynamique, ou s’en nourrit un fantasme entretenu, une image regardée puis rejouée dans l’esprit, un désir tourné vers une personne ou une représentation en dehors du cadre du mariage, alors elle puise sa gravité morale directement dans cette catégorie biblique plus large.
C’est exactement ce que Matthieu 5:28 a déjà établi plus haut dans cet article : la convoitise du cœur suffit à faire entrer un acte dans ce que Dieu appelle impudicité, même sans aucun contact physique avec une autre personne.
Alors, est-ce toujours un péché ?
Il faut répondre avec la même honnêteté que celle qui a guidé tout cet article, sans se cacher derrière un flou confortable.
Dans l’immense majorité des situations concrètes, la masturbation s’accompagne d’un fantasme, d’une image, d’un souvenir ou d’une projection mentale sur une personne réelle ou imaginaire c’est-à-dire précisément la convoitise que Matthieu 5:28 nomme comme déjà pécheresse en elle-même.
Dans ce cas, la réponse est claire : oui, c’est un péché, non pas d’abord à cause du geste physique isolé, mais à cause de la convoitise qui l’accompagne presque toujours et qui, souvent, le précède et le motive.
Il serait malhonnête de prétendre que le texte biblique tranche avec la même clarté un cas théorique totalement dépourvu de toute fixation mentale sur une image ou une personne un cas si rare dans l’expérience réelle qu’il relève presque de l’abstraction académique.
Mais même dans ce cas limite, le principe de 1 Corinthiens 6:12 continue de s’appliquer : la question de savoir si cet acte devient une habitude qui gouverne, qui isole, qui remplace une relation réelle avec Dieu et avec les autres, reste entièrement pertinente.
Questions fréquentes
Est-ce un péché si je ne pense à personne en particulier ? La convoitise ne se limite pas à fixer son désir sur une personne précise ; elle inclut le fait de nourrir volontairement une excitation par l’imagination, quelle qu’en soit la source. La question à te poser honnêtement n’est pas seulement « à qui ai-je pensé ? » mais « qu’ai-je nourri, et pourquoi ? ».
Est-ce différent dans le mariage ? Le mariage change la disponibilité légitime de l’intimité sexuelle (1 Corinthiens 7:3-5), mais il ne change rien à la dynamique de la convoitise lorsque l’acte reste solitaire et alimenté par une image extérieure au conjoint. La différence essentielle, dans le mariage, c’est qu’existe une réponse légitime et disponible que l’acte solitaire contourne plutôt qu’il ne remplace.
La Bible parle-t-elle spécifiquement des femmes sur ce sujet ? Non, pas plus que des hommes et c’est précisément le point : tous les textes cités ici (convoitise, sainteté du corps, maîtrise de soi) s’adressent à l’ensemble des croyants, sans distinction de sexe. L’absence de mention spécifique aux femmes dans la tradition d’enseignement sur ce sujet reflète un silence culturel, pas un silence biblique.
Et maintenant ?
Savoir que quelque chose est un péché ne suffit jamais, à lui seul, à en être libéré l’homme de cinquante-six ans qui nous a écrit le sait mieux que quiconque : il connaît ces textes depuis des décennies, et il continue de lutter.
Ce que ce constat biblique doit produire, ce n’est pas un accablement supplémentaire, mais une clarté qui libère enfin d’une question mal posée. Reste une question que peu de croyants prennent le temps de vraiment mesurer : qu’est-ce que ce péché produit réellement, dans la durée, sur notre relation avec Dieu ?
C’est le sujet des deux prochains articles, sur les conséquences spirituelles puis physiques de ce combat, avant d’aborder ce qui, pour beaucoup, pèse plus lourd encore que le péché lui-même : la culpabilité qui s’installe après la chute. (→ Les conséquences spirituelles de la masturbation)
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