Une identité nouvelle en Christ : sortir du cycle honte-rechute-honte
Comment vaincre la masturbation ?
Un frère engagé dans le service, celui-là même qui prêche parfois la Parole un dimanche, nous a écrit un message qui reste, parmi tous ceux que nous recevons, l’un des plus bouleversants. Il nous confiait qu’il lui arrivait de retomber « même après avoir prêché », parfois plusieurs fois dans la même journée, et il suppliait Dieu, en larmes, de le remplir de son Esprit afin qu’il devienne enfin « vainqueur ».
Frère, sœur, cette prière est juste. Sa sincérité ne fait aucun doute. Mais elle appelle une vérité qu’il faut nommer avec autant de clarté que de tendresse : prêcher la Parole, la lire, prier fidèlement, ne suffisent pas, à eux seuls, s’ils ne s’accompagnent pas d’un changement plus profond celui de l’identité elle-même.
C’est le sujet de cet article, le plus dense théologiquement de toute cette série, parce qu’il touche au cœur même de ce qui produit un changement qui dure.
Le même combat que l’apôtre Paul
L’article précédent a cité Romains 7, où Paul décrit sa propre incapacité à faire systématiquement le bien qu’il veut faire.
Mais Paul ne s’arrête pas là. Après avoir décrit ce combat intérieur jusqu’à l’épuisement, il répond immédiatement : « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur ! (…) il n’y a maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ (…) car la loi de l’Esprit de vie en Jésus-Christ m’a affranchi de la loi du péché et de la mort » (Romains 7:25 – 8:2).
Le chapitre 7 décrit le problème avec une honnêteté brutale. Le chapitre 8 en donne la solution — non pas un effort redoublé, mais une libération opérée par un autre.
Modifier son comportement n’est pas se transformer
Il existe une différence essentielle entre deux démarches qu’on confond trop souvent. La première, c’est la modification du comportement par le seul effort de volonté : serrer les dents, se fixer des règles, résister de toutes ses forces au moment de la tentation.
Cette démarche a sa place le prochain article y reviendra mais elle possède une faiblesse structurelle : elle traite le symptôme sans toucher la cause, et elle épuise, parce qu’elle repose entièrement sur une ressource limitée qui fléchit précisément dans les moments où la tentation est la plus forte.
La seconde démarche, c’est la transformation réelle. Écoute comment la Bible la décrit : « Je vous demande donc, frères, à cause de la bonté que Dieu vous a témoignée, de lui consacrer votre être tout entier (…) Ne vous coulez pas simplement dans le moule de tout le monde. Ne conformez pas votre vie aux principes qui régissent le siècle présent (…) Laissez-vous plutôt entièrement transformer par le renouvellement de votre mentalité. Adoptez une attitude intérieure différente » (Romains 12:1-2, Bible Parole Vivante).
Et plus radicalement encore, dans la traduction que tu connais peut-être mieux : « si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle création. Les choses vieilles sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles » (2 Corinthiens 5:17).
Cette transformation ne se limite pas à changer ce que l’on fait elle change ce que l’on désire profondément, et c’est cette différence qui explique pourquoi elle tient dans la durée là où le seul effort de volonté s’effondre tôt ou tard.
Ce que je fais ne définit plus qui je suis
Voici le cœur théologique de tout cet article, et sans doute de toute la série : en Christ, ton identité la plus profonde n’est plus déterminée par tes chutes. Paul l’affirme sans détour : « Vous n’êtes plus esclaves du péché (…) vous avez reçu un esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! » (Romains 6:6-7, 8:15).
Le croyant qui vient de craquer n’est pas redevenu, à cet instant précis, un esclave que Christ n’aurait pas encore libéré il reste un fils, ou une fille, qui vient de trébucher, mais dont l’identité fondamentale n’a pas changé de nature.
Voici une image simple pour saisir pourquoi cette sécurité ne dépend pas de ta propre force : si tu tiens une mangue serrée dans ta main, il faut quelqu’un de plus fort que toi pour te l’arracher. Jésus dit exactement cela de ceux qui lui appartiennent : « Mes moutons écoutent ma voix. Moi, je les connais et ils me suivent. Je leur donne la vie avec Dieu pour toujours. Ils ne mourront jamais, et personne ne pourra les arracher de ma main. Mon Père me les a donnés, et mon Père est plus puissant que tout. Personne ne peut rien arracher de la main du Père » (Jean 10:27-29).
Quand nous avons cru en Christ, c’est par ces mains d’amour, ces mains de grâce, que Dieu nous a saisis et personne ne peut nous en arracher, pas même nos propres fautes, si graves soient-elles.
Une nuance nécessaire : la grâce n’est pas un permis
Cette vérité appelle immédiatement une mise en garde, que Paul pose lui-même en anticipant l’objection évidente : « Que dirons-nous donc ? Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde ? Loin de là ! » (Romains 6:1-2).
Comprendre que l’identité ne dépend pas de la performance n’autorise en rien à traiter le péché avec légèreté. La grâce n’est pas une permission déguisée ; elle est la puissance même qui rend le changement réel possible.
La grâce suffisante pour tenir dans la durée
Paul décrit ailleurs sa propre expérience d’une faiblesse persistante — une « écharde dans la chair » qu’il a suppliée Dieu, à trois reprises, de lui retirer. La réponse qu’il reçoit mérite d’être méditée longuement : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse (…) car quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Corinthiens 12:9-10).
Marcher par l’Esprit (Galates 5:16) n’est donc pas une formule pieuse à côté de l’effort concret : c’est le moteur réel du changement.
Fixer son regard, pas sur le combat, mais sur Dieu
Une vieille histoire, souvent racontée en Orient, illustre bien la manière dont cette transformation opère concrètement.
Un homme demandait un jour à un roi comment échapper à la tentation. Le roi lui ordonna de traverser toute la ville en portant une jarre d’huile remplie jusqu’au bord, sans en verser une seule goutte, sous peine de mort.
C’était jour de marché, la foule était dense, mais l’homme traversa toute la ville et revint au palais sans avoir renversé une goutte. « As-tu remarqué quelqu’un en traversant la ville ? » lui demanda le roi. « Non, sire, répondit-il, je ne pensais qu’à l’huile, je ne regardais rien d’autre. » Le roi conclut : « Alors tu sais comment fuir la tentation.
Fixe ton attention sur Dieu aussi fermement que tu l’as fait sur cette huile, et le péché ne te tentera plus. »
On ne vainc pas d’abord en luttant frontalement contre chaque pensée qui se présente, mais en fixant si résolument son attention sur Dieu que la tentation, privée de l’attention qui la nourrit, perd peu à peu sa force. Les outils concrets du prochain article n’ont de sens que posés sur ce fondement-là.
Revenir au frère qui nous a écrit
Il faut revenir, pour conclure, à ce frère en larmes qui suppliait Dieu de le remplir de son Esprit pour devenir vainqueur. Sa prière n’était pas fausse.
Ce qui lui manquait, ce n’était pas plus de sincérité, mais de comprendre que la victoire qu’il cherchait ne viendrait pas d’un effort renouvelé, mais d’une identité déjà reçue en Christ, à partir de laquelle un comportement nouveau peut enfin, progressivement, prendre racine.
Cette identité nouvelle, une fois comprise et reçue, ne reste jamais théorique bien longtemps — elle a besoin de se traduire en gestes concrets, dans le quotidien réel d’une semaine ordinaire. C’est exactement ce que le prochain article va proposer.
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