Leçon 12 — Le sens des mots
Objectifs pédagogiques
À l’issue de cette leçon, vous serez capable de :
- Expliquer pourquoi un même mot biblique, bien que susceptible de plusieurs sens selon le contexte, n’en porte généralement qu’un seul dans un texte donné, et pourquoi un dictionnaire biblique ne peut jamais trancher seul cette question.
- Illustrer, à partir du vocabulaire hébreu de la miséricorde, le phénomène inverse : une même réalité désignée par plusieurs mots dont les nuances méritent d’être respectées.
- Identifier une expression idiomatique biblique et expliquer pourquoi sa traduction mot à mot produirait un contresens, à la manière de l’expression française « donner sa langue au chat ».
- Relier la vigilance au sens des mots développée dans ce chapitre au principe grammatical et linguistique exposé au chapitre 11, dont elle constitue une application concrète.
Contenu de la leçon
« Le précepte est une lampe, et l’enseignement une lumière. » (Proverbes 6.23)
Après avoir posé les grands principes de l’interprétation, il faut maintenant descendre au niveau le plus élémentaire du texte : le mot lui-même. Une interprétation rigoureuse ne peut faire l’économie d’une attention soutenue au sens précis des termes employés, car c’est souvent à ce niveau microscopique que se jouent les malentendus les plus significatifs.
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Aller à ma prochaine étape →Un même mot peut désigner plusieurs choses différentes
Dans la Bible comme dans toute langue vivante, un même mot peut porter plusieurs sens distincts selon le contexte où il apparaît ; mais dans un texte donné, précis, il n’en porte généralement qu’un seul à la fois. Il serait donc erroné de prêter à un texte plusieurs significations simultanées, correspondant aux différents sens possibles d’un mot pris isolément : ce serait trahir la pensée unifiée de l’auteur au profit d’une accumulation artificielle de significations qu’il n’a jamais eu l’intention de communiquer toutes à la fois. Le mot français « pièce », par exemple, peut désigner une salle d’une maison, une monnaie, un fragment, ou une œuvre de théâtre, mais un lecteur qui rencontre ce mot dans une phrase précise ne se demande jamais laquelle de ces quatre significations s’applique simultanément : le contexte immédiat tranche presque toujours sans effort. Le dictionnaire biblique rend ici un service précieux, mais qu’il faut savoir situer correctement : il fournit, pour chaque mot, la liste des significations diverses que ce terme est susceptible de porter selon les contextes, indiquant généralement le sens littéral d’abord, puis les sens propres dérivés, puis les sens figurés. Mais un dictionnaire, quel qu’il soit, ne donne jamais directement l’interprétation d’un texte précis : il donne seulement l’éventail des possibilités parmi lesquelles le contexte, étudié au chapitre suivant, permettra de trancher.
Il faut également prêter attention à un phénomène plus subtil : un même mot peut désigner une réalité différente selon qu’on l’envisage dans la culture biblique ou dans notre propre culture contemporaine. Le vocabulaire de la famille, de l’honneur, du serviteur, du sacrifice, pour ne prendre que quelques exemples, ne recouvre pas exactement les mêmes réalités sociales aujourd’hui qu’à l’époque biblique (le chapitre 3 a déjà fourni certains des repères historiques nécessaires pour mesurer cet écart) ; négliger cet écart sémantique conduit à importer, sans s’en rendre compte, des connotations modernes dans un texte ancien qui ne les portait pas.
Une même réalité peut être désignée par des mots différents
Le phénomène inverse existe également : la Bible, comme toute littérature riche, désigne parfois une même réalité par des termes variés, dont les nuances méritent d’être respectées plutôt que gommées par une lecture trop rapide. Le vocabulaire hébreu de la miséricorde, par exemple, distingue plusieurs termes qu’une traduction unique en français ne parvient pas toujours à différencier : une richesse que seule la consultation des langues originales, ou d’outils de référence sérieux, permet de retrouver.
Les expressions idiomatiques
Chaque langue possède ses expressions propres, ses tournures figées qui ne se comprennent pas par l’addition du sens de chacun de leurs mots pris isolément, mais par le sens global que l’usage leur a conféré. Une expression telle que « donner sa langue au chat », en français, ne signifie évidemment pas ce que ses mots signifieraient pris séparément ; il en va de même de nombreuses expressions propres à l’hébreu ou au grec bibliques, qui perdraient tout leur sens si on les traduisait mécaniquement mot à mot. Le lecteur attentif doit apprendre à repérer ces expressions idiomatiques et à en chercher le sens global, plutôt que de s’arrêter au sens littéral de chacun de leurs composants, un piège fréquent chez le lecteur qui s’appuie exclusivement sur une traduction très formelle sans en connaître les limites, déjà signalées au chapitre 6.
Un usage raisonné des outils lexicaux
Ce chapitre ne prétend pas transformer le lecteur en spécialiste des langues bibliques ; il l’invite plutôt à développer un réflexe de vigilance et à recourir, chaque fois que nécessaire, aux outils qui rendent accessibles les résultats de ce travail linguistique : dictionnaires bibliques, concordances, lexiques hébreu-grec. L’essentiel à retenir, pour la suite de cet ouvrage, est que le sens d’un mot ne se devine jamais a priori : il se détermine par un travail attentif qui combine la connaissance des sens possibles du terme, et l’examen du contexte précis dans lequel il est employé. C’est précisément cet examen du contexte, à tous les niveaux du texte, que le chapitre suivant va maintenant développer.
Résumé
Ce chapitre descend au niveau le plus élémentaire du texte biblique, celui du mot lui-même, et montre que l’attention portée à son sens précis évite des malentendus qui, bien que microscopiques en apparence, peuvent fausser toute une interprétation. Il part du constat qu’un mot peut porter plusieurs sens possibles selon les contextes, mais n’en porte généralement qu’un seul dans un texte donné, à l’image du mot français « pièce », et souligne qu’un dictionnaire biblique, s’il énumère utilement l’éventail des sens disponibles, ne remplace jamais le travail d’examen contextuel qui seul permet de trancher. Le phénomène inverse existe également, illustré par le vocabulaire hébreu de la miséricorde : une même réalité peut être désignée par plusieurs termes aux nuances distinctes, que l’uniformisation d’une traduction risque de gommer. Le chapitre traite enfin des expressions idiomatiques, ces tournures figées dont le sens global ne se déduit pas de l’addition de leurs mots pris séparément, à l’image de « donner sa langue au chat » en français, et dont la traduction mécanique mot à mot produit un contresens. L’ensemble de ce travail lexical, mené avec les outils appropriés (dictionnaires, concordances, lexiques), prépare directement l’étude du contexte que développera le chapitre suivant, puisque le sens d’un mot ne se devine jamais a priori.
Exercices pratiques
- Prenez un dictionnaire biblique ou un lexique hébreu-grec et choisissez un mot biblique important pour vous (par exemple un terme traduit par « miséricorde », « chair » ou « cœur ») : relevez tous les sens qu’il propose, puis montrez par écrit lequel de ces sens le contexte précis d’un verset que vous choisirez impose, et pourquoi le dictionnaire seul ne pouvait pas trancher à votre place.
- Recherchez, à l’aide d’un commentaire ou d’une concordance, une expression idiomatique hébraïque ou grecque que vous ne connaissiez pas encore, et rédigez en deux ou trois phrases ce que sa traduction mot à mot donnerait à tort, par comparaison avec son sens réel.
- Repensez à une occasion où vous avez buté sur un mot biblique sans en soupçonner l’ambiguïté, et rédigez un court paragraphe expliquant comment cette méconnaissance a pu produire un contresens, ainsi que la manière dont l’usage raisonné des outils lexicaux décrits dans ce chapitre vous aurait permis de l’éviter.
Fin de la leçon 12
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