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Leçon 19 — Les psaumes imprécatoires : prier la vengeance ?

Module 4 · Affronter les textes difficilesLeçon 19 / 29
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Objectifs pédagogiques

À l’issue de cette leçon, vous serez capable de :

  1. Expliquer pourquoi une imprécation adressée à Dieu, et non à l’ennemi lui-même, ne constitue pas un appel à la vengeance personnelle, en vous appuyant sur Romains 12.19 et Psaume 137.9.
  2. Distinguer, à partir du Psaume 109 et du Psaume 137, la permission biblique d’exprimer une colère honnête devant l’injustice de l’incitation à agir soi-même contre un ennemi.
  3. Montrer, à partir d’Actes 1.20 et d’Apocalypse 6.10, que le Nouveau Testament ne désavoue pas le langage imprécatoire mais le reprend et le prolonge.
  4. Appliquer le discernement pastoral proposé par ce chapitre pour distinguer, dans un cas concret, l’opposition systémique au règne de Dieu de l’inimitié personnelle envers laquelle Jésus appelle à la bienveillance (Matthieu 5.44).

Contenu de la leçon

« À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur. » (Romains 12.19, citant Deutéronome 32.35)

Un second type de texte difficile se trouve, non dans un récit historique, mais au cœur même du livre de prières d’Israël : les psaumes imprécatoires, qui appellent explicitement le malheur, parfois d’une violence verbale saisissante, sur des ennemis nommés ou anonymes.

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Le cas concret

Le psaume 137 s’achève sur des mots que beaucoup de lecteurs préfèrent ne jamais lire à voix haute en public : « Heureux qui saisira tes enfants, et les écrasera sur le roc ! » (Psaume 137.9), une parole adressée à Babylone, l’empire qui venait de détruire Jérusalem et de déporter son peuple. Le psaume 109 multiplie sur plusieurs versets des demandes de malédiction précises contre un adversaire. Comment un livre de prières inspiré peut-il contenir de telles paroles, et comment un chrétien, appelé par Jésus à aimer ses ennemis et à prier pour ceux qui le persécutent (Matthieu 5.44), pourrait-il légitimement les prier lui-même ?

Remettre la vengeance entre les mains de Dieu, et non la prendre soi-même

Le premier élément de compréhension, essentiel, tient à la nature même de l’acte que représente une imprécation psalmique. Ce n’est jamais un appel à agir soi-même contre l’ennemi désigné, mais un appel adressé à Dieu pour qu’il agisse, lui, selon sa justice. C’est précisément ce que rappelle le texte cité en exergue de ce chapitre : « à moi la vengeance » (Romains 12.19). Loin de contredire cet enseignement néotestamentaire, les psaumes imprécatoires l’anticipent et le pratiquent. Celui qui prie une imprécation renonce, dans le geste même de la prière, à se faire justice lui-même, et remet cette justice entre les mains du seul juge légitime. C’est un acte de foi et de renoncement personnel, non un déchaînement de haine privée.

La légitimité biblique du cri devant l’injustice

Il faut ajouter à cela une observation théologique plus large, qui prépare directement le chapitre suivant. La Bible ne demande jamais à ses lecteurs de réprimer ou de dissimuler la détresse réelle que produit l’injustice subie. Les psaumes imprécatoires naissent presque toujours d’une souffrance concrète, souvent collective, l’exil, l’oppression, la persécution des innocents, et donnent à cette souffrance un langage honnête devant Dieu, plutôt que de l’étouffer sous une piété de façade qui prétendrait n’éprouver aucune colère devant le mal. Cette permission biblique du cri, y compris du cri violent, contre l’injustice réelle constitue en elle-même une leçon pastorale précieuse pour quiconque accompagne des personnes ayant subi une souffrance grave. La foi authentique n’exige pas de nier sa douleur ou sa colère, mais de les adresser à Dieu plutôt que de les retourner soi-même contre autrui.

Une continuité, non une rupture, avec le Nouveau Testament

Contrairement à une idée répandue, le Nouveau Testament ne désavoue jamais ce type de prière. Le psaume 69, riche en langage imprécatoire, est explicitement appliqué par les apôtres au sort de Judas (Actes 1.20). Dans l’Apocalypse, les âmes des martyrs sous l’autel crient elles-mêmes : « Jusques à quand, Maître saint et véritable, ne jugeras-tu pas, et ne redemanderas-tu pas notre sang à ceux qui habitent sur la terre ? » (Apocalypse 6.10), une prière dont la structure et l’esprit rejoignent directement celle des psaumes imprécatoires de l’Ancien Testament. Ce constat, conforme à la règle de la révélation cumulative déjà appliquée au chapitre précédent, montre une continuité réelle : le désir ardent que la justice de Dieu se manifeste contre le mal persistant n’est jamais présenté, dans l’ensemble du canon, comme contraire à la foi authentique.

Un discernement pastoral nécessaire

Cette continuité n’efface pas pour autant la tension réelle avec l’appel de Jésus à aimer ses ennemis personnels et à prier pour ceux qui nous persécutent. La résolution la plus fidèle à l’ensemble du témoignage scripturaire distingue l’ennemi personnel, envers lequel le chrétien doit une bienveillance active y compris dans la prière, de l’opposition persistante et systémique au règne de Dieu et à la justice qu’il exige : oppression durable, injustice structurelle, persécution organisée. Devant une telle opposition, le cri pour que justice soit faite demeure légitime, à condition qu’il reste adressé à Dieu seul et qu’il s’accompagne d’un examen sincère du cœur, capable de distinguer un zèle véritable pour la justice divine d’une amertume purement personnelle. C’est ce discernement, exigeant mais nécessaire, que tout lecteur sérieux de ces psaumes est appelé à exercer, plutôt que de les rejeter en bloc ou de les prier sans réflexion.

Résumé

Ce chapitre affronte la difficulté posée par les psaumes imprécatoires, en particulier Psaume 137.9 et Psaume 109, en montrant que leur violence verbale n’équivaut jamais à un appel à se faire justice soi-même : prier une imprécation, c’est au contraire renoncer à la vengeance personnelle pour la remettre entre les mains du seul juge légitime, exactement ce qu’enseigne Romains 12.19. Cette remise à Dieu s’accompagne d’une permission biblique précieuse, celle d’exprimer devant lui, sans détour ni piété de façade, la colère réelle que produit une injustice subie (l’exil, l’oppression, la persécution). Loin d’être une anomalie vétérotestamentaire que le Nouveau Testament aurait discrètement abandonnée, ce langage imprécatoire trouve sa continuité directe dans l’application du Psaume 69 à Judas (Actes 1.20) et dans le cri des martyrs sous l’autel (Apocalypse 6.10). Le chapitre ne nie pas pour autant la tension réelle avec l’appel de Jésus à aimer ses ennemis personnels (Matthieu 5.44) : il la résout en distinguant l’ennemi privé, envers qui la bienveillance reste due, de l’opposition systémique et persistante au règne de Dieu, devant laquelle le cri pour la justice demeure légitime, à condition d’être adressé à Dieu seul et soumis à un examen sincère du cœur.

Exercices pratiques

  1. Relisez le Psaume 137 et le Psaume 109 en entier, puis rédigez par écrit, en deux paragraphes distincts, ce que changerait moralement le fait d’adresser directement ces mots à l’ennemi désigné plutôt qu’à Dieu seul. Appuyez votre réflexion sur Romains 12.19.
  2. Pensez à une situation d’injustice réelle, vécue par vous-même ou par une personne que vous accompagnez, et rédigez une prière écrite qui exprime honnêtement la colère ressentie, adressée à Dieu seul, sans l’adoucir par une piété de façade.
  3. Dressez par écrit deux colonnes, l’une listant les signes d’un zèle authentique pour la justice de Dieu, l’autre les signes d’une amertume personnelle déguisée en prière, puis situez honnêtement un ressentiment que vous portez actuellement sur cette liste. Si possible, partagez cette évaluation avec une personne de confiance pour obtenir un regard extérieur.

Fin de la leçon 19

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