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Leçon 5 — Comment nous avons reçu ces soixante-six livres : histoire du canon

Module 1 · Connaître la BibleLeçon 5 / 29
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Objectifs pédagogiques

À l’issue de cette leçon, vous serez capable de :

  1. Définir le terme canon (du grec kanôn) et expliquer précisément, à l’aide de l’image de l’authentification d’une pièce d’or, la distinction entre reconnaître un livre inspiré et conférer l’inspiration à ce livre.
  2. Décrire la structure du canon hébraïque (Torah, Nevi’im, Ketuvim, acronyme TaNaKh) et expliquer le rôle des massorètes dans sa fixation entre le sixième et le dixième siècle de notre ère.
  3. Expliquer l’origine de la Septante et des livres deutérocanoniques qu’elle contient, et distinguer clairement ces derniers des apocryphes et pseudépigraphes à la lumière de l’apport des manuscrits de Qumrân.
  4. Exposer et évaluer les trois raisons avancées par la Réforme (le motif historique et linguistique lié à Jérôme, le motif de l’usage néotestamentaire des formules « il est écrit », et le motif interne à l’auto-revendication des livres deutérocanoniques) pour retenir le canon hébraïque de trente-neuf livres plutôt que le canon élargi de la Septante fixé à Trente en 1546.

Contenu de la leçon

« Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice. » (2 Timothée 3.16)

Aucune question de bibliologie ne suscite autant de débats, entre traditions chrétiennes, que celle du canon : pourquoi ces soixante-six livres précisément, et pas d’autres ? Ce chapitre ne se contente pas d’énoncer une liste ; il cherche à en retracer l’histoire et à en justifier les critères, avec la rigueur que ce sujet exige, notamment pour un lecteur appelé à enseigner d’autres et qui rencontrera nécessairement, un jour ou l’autre, la question posée par un interlocuteur catholique, orthodoxe, ou simplement curieux.

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Définir la canonicité

Le mot canon vient du grec kanôn, qui désignait à l’origine une règle de mesure, une tige droite servant à tracer une ligne ou à vérifier un alignement. Appliqué aux Écritures, il désigne l’ensemble des livres reconnus comme authentiquement inspirés par Dieu, et ayant à ce titre autorité pour la foi et la pratique de l’Église. Un point mérite d’être souligné avec la plus grande clarté, car il conditionne toute la suite de ce chapitre : la canonicité d’un livre ne dépend pas d’une décision de l’Église qui conférerait l’inspiration à un texte. L’Église n’a jamais eu le pouvoir de rendre inspiré un livre qui ne l’était pas ; elle a seulement eu la responsabilité de reconnaître les livres que Dieu avait déjà inspirés, et de les distinguer de tous les autres écrits religieux de l’époque. Un bureau de contrôle des monnaies fournit une image utile de cette distinction : lorsqu’un État authentifie une pièce d’or et la déclare monnaie légale, il ne crée pas la valeur de l’or qu’elle contient : cette valeur préexiste à toute déclaration officielle ; il se contente de certifier, par un examen rigoureux, que cette pièce précise est bien composée d’or véritable, et non d’un alliage sans valeur qui chercherait à s’y faire passer. De la même manière, l’Église n’a pas fabriqué la valeur inspirée des soixante-six livres canoniques ; elle a authentifié, au terme d’un discernement exigeant, ce que Dieu avait déjà rendu précieux par son inspiration. Cette distinction entre reconnaître et conférer est décisive : elle place l’autorité du texte dans son origine divine, non dans la décision ecclésiale qui l’a identifié.

Le canon hébraïque, ou canon massorétique

C’est au sein du peuple d’Israël lui-même que s’est d’abord formé et stabilisé le canon de ce que les chrétiens appelleront l’Ancien Testament. Dès le troisième siècle avant notre ère, les communautés juives organisaient déjà leurs Écritures en trois grandes divisions : la Torah (la Loi, c’est-à-dire le Pentateuque), les Nevi’im (les Prophètes, regroupant à la fois les livres historiques et les livres prophétiques proprement dits) et les Ketuvim (les Écrits, rassemblant la poésie, la sagesse et certains récits tardifs). L’acronyme formé par ces trois noms, TaNaKh, désigne encore aujourd’hui la Bible hébraïque dans la tradition juive. Ces trente-neuf livres (comptés parfois en vingt-quatre unités selon un regroupement différent, qui fusionne par exemple les douze petits prophètes en un seul rouleau) constituent le canon massorétique, nommé d’après les massorètes, ces érudits juifs qui, entre le sixième et le dixième siècle de notre ère, ont fixé et transmis avec un soin méticuleux le texte consonantique et vocalique de ces Écritures.

Ce canon hébraïque est important pour un motif que ce chapitre développera plus loin : c’est précisément ce corpus, reçu par le peuple à qui furent confiés les oracles de Dieu (Romains 3.2), que la tradition protestante a choisi de reconnaître comme l’Ancien Testament, à l’exclusion des livres additionnels que l’on trouve dans d’autres traditions.

Le canon de la Septante et les livres deutérocanoniques

Vers 250 avant notre ère, dans le contexte de la diaspora juive d’Alexandrie déjà évoquée au chapitre 3, une communauté juive hellénisée, ayant perdu l’usage courant de l’hébreu, entreprit de traduire ses Écritures en grec. Cette traduction, connue sous le nom de Septante (en référence à la tradition, sans doute légendaire dans ses détails mais fondée historiquement, qui attribue ce travail à soixante-dix traducteurs), permit aux Juifs hellénophones d’accéder à leurs textes sacrés dans leur langue courante. Or, dans le processus de constitution de cette traduction grecque, certains écrits supplémentaires, rédigés ou circulant en grec et reflétant la vie et la piété juives de la période intertestamentaire, furent inclus aux côtés des livres du canon hébraïque : Tobit, Judith, la Sagesse de Salomon, le Siracide, Baruch, les deux livres des Maccabées, ainsi que des ajouts aux livres d’Esther et de Daniel. Ce sont ces écrits que l’on désignera plus tard sous le nom de livres deutérocanoniques (littéralement, « du second canon »), présents dans la Septante mais absents du canon massorétique.

Il faut noter, pour la rigueur historique de ce chapitre, que le texte de la Septante présente par ailleurs des différences non négligeables avec le texte hébreu, y compris dans les livres communs aux deux traditions : la numérotation des psaumes diverge à partir du psaume 9, et certains livres, comme Esther ou Jérémie, existent en des versions sensiblement différentes selon qu’on suit le texte grec ou le texte hébreu.

Apocryphes et pseudépigraphes : une distinction nécessaire

Il ne faut pas confondre les livres deutérocanoniques, reçus par certaines traditions chrétiennes, avec les écrits que l’on qualifie d’apocryphes ou de pseudépigraphes, qu’aucune Église, à aucune époque, n’a reconnus comme inspirés. Le terme apocryphe désigne, dans son usage protestant, des écrits religieux circulant en marge du canon reconnu ; le terme pseudépigraphe désigne plus précisément des textes rédigés sous une fausse attribution d’auteur, destinée à leur conférer une autorité qu’ils n’avaient pas par eux-mêmes. Un Évangile de Thomas ou un Livre d’Hénoch, par exemple, appartiennent à cette catégorie. La découverte des manuscrits de la mer Morte, à Qumrân, à partir de 1947, a considérablement enrichi notre connaissance de cette littérature intertestamentaire foisonnante ; elle a également fourni des manuscrits bibliques hébreux antérieurs de plus de mille ans à ceux dont on disposait jusque-là, confirmant avec une fidélité remarquable la transmission du texte massorétique, un apport décisif pour la critique textuelle, qu’il ne faut cependant pas confondre avec un apport à la question du canon : ces découvertes n’ont ajouté aucun livre nouveau à la liste des Écritures reconnues.

La formation du canon chrétien

Au cours du premier et du deuxième siècle de notre ère, les chrétiens constituèrent progressivement leur propre reconnaissance des Écritures, en deux ensembles : l’Ancien Testament reçu du judaïsme, et un Nouveau Testament rassemblant les écrits apostoliques. Ce processus de reconnaissance ne fut pas arbitraire ; il obéit à des critères que l’on peut identifier avec une relative clarté dans les débats des premiers siècles : l’origine apostolique ou prophétique du texte (rédigé par un apôtre, ou par un proche collaborateur d’un apôtre, comme Marc pour Pierre ou Luc pour Paul) ; la cohérence doctrinale avec la « règle de foi » déjà transmise et reconnue dans les Églises ; l’usage continu et largement répandu du texte dans le culte et l’enseignement des communautés chrétiennes, à travers des régions géographiques distinctes et sans concertation centralisée ; et, plus profondément encore, ce que l’on pourrait appeler une qualité auto-attestante du texte lui-même : la conviction, exprimée par de nombreux témoins anciens, que ces écrits portaient en eux la marque d’une autorité divine que ne portaient pas les autres écrits chrétiens de la même époque, même les plus estimés.

Trente, la Réforme, et la question des soixante-six livres

Ces deux traditions distinctes (le canon hébraïque reçu par le judaïsme, et le canon élargi de la Septante) allaient créer, bien plus tard, une divergence durable au sein même du christianisme. Les confessions chrétiennes les plus anciennes, antérieures à la Réforme (catholicisme, orthodoxie, Églises coptes), ont hérité d’un Ancien Testament plus étendu, incluant les livres deutérocanoniques transmis par la Septante et par la Vulgate latine. Le catholicisme romain a fixé définitivement sa liste, incluant ces livres, lors du concile de Trente en 1546, en réaction directe contre la Réforme protestante.

La Réforme, quant à elle, a fait le choix de revenir au canon hébraïque reçu par le peuple juif, non par méfiance arbitraire envers les livres deutérocanoniques, mais pour plusieurs raisons qu’il convient d’exposer honnêtement. D’abord, un motif historique et linguistique : Jérôme lui-même, traducteur de la Vulgate latine au quatrième siècle et l’un des meilleurs hébraïsants de son temps parmi les Pères de l’Église, avait déjà établi une distinction entre les livres du canon hébraïque, qu’il traduisait ex Hebraica veritate (à partir de la vérité hébraïque), et les livres deutérocanoniques, qu’il jugeait utiles à l’édification mais non canoniques au même titre. Ensuite, un motif d’usage néotestamentaire : bien que les auteurs du Nouveau Testament connaissent manifestement la Septante et la citent abondamment, aucun d’entre eux ne cite un livre deutérocanonique en l’introduisant par la formule « il est écrit » ou « l’Écriture dit », formule qu’ils réservent systématiquement aux livres du canon hébraïque. Enfin, un motif interne à ces livres eux-mêmes : aucun des livres deutérocanoniques ne revendique pour lui-même le statut d’oracle prophétique inspiré ; certains, comme le prologue du Siracide ou les livres des Maccabées, se présentent explicitement comme des ouvrages d’histoire ou de sagesse humaine, utiles, mais d’une autre nature que la prophétie inspirée.

C’est sur la base de cet ensemble de raisons, et non d’un simple parti pris confessionnel, que ce livre retient la position protestante des soixante-six livres, tout en reconnaissant que les livres deutérocanoniques demeurent une source précieuse pour comprendre l’histoire et la piété du judaïsme intertestamentaire, ainsi que le contexte immédiat dans lequel le Nouveau Testament a vu le jour.

Un canon clos

Cette histoire du canon débouche sur une affirmation théologique importante pour la suite de cet ouvrage, en particulier pour la Partie III consacrée à la méditation : le canon des Écritures est clos. Rien ne doit y être ajouté, rien ne doit en être retranché : le livre de l’Apocalypse, qui referme l’ensemble du corpus biblique, formule d’ailleurs cet avertissement de façon explicite (Apocalypse 22.18-19), dans des termes qui, historiquement, concernaient d’abord ce livre précis, mais que la tradition chrétienne a légitimement reçus comme une image de la clôture de l’ensemble canonique. Cette clôture ne signifie pas que Dieu a cessé de parler à ses enfants ; elle signifie que toute parole que Dieu adresse aujourd’hui à un croyant, à travers la méditation de l’Écriture (question qui sera développée longuement dans la Partie III), s’inscrit nécessairement à l’intérieur de cette révélation déjà donnée, et ne saurait y ajouter un contenu nouveau.

Résumé

Ce chapitre retrace l’histoire du canon pour répondre à une question que tout enseignant de l’Écriture rencontrera un jour : pourquoi ces soixante-six livres précisément. Il pose d’abord la distinction décisive entre reconnaître un livre déjà inspiré par Dieu et conférer artificiellement une inspiration qu’il n’aurait pas, image de la pièce d’or authentifiée à l’appui, puis retrace la formation du canon hébraïque en trois divisions (Torah, Nevi’im, Ketuvim) fixées et transmises par les massorètes. Il expose ensuite comment la Septante, traduction grecque d’Alexandrie, en vint à inclure des écrits deutérocanoniques absents du canon hébraïque, qu’il faut soigneusement distinguer des apocryphes et pseudépigraphes jamais reconnus par aucune Église, un travail de distinction qu’éclairent les manuscrits de Qumrân sans qu’ils n’ajoutent eux-mêmes aucun livre au canon. Le chapitre explique enfin comment les critères de reconnaissance du canon chrétien (origine apostolique, cohérence doctrinale, usage répandu, qualité auto-attestante) ont conduit à la constitution de deux traditions distinctes, celle, élargie, fixée à Trente en 1546, et celle, resserrée sur le canon hébraïque, retenue par la Réforme pour trois raisons précises liées à Jérôme, à l’usage néotestamentaire et à l’auto-revendication des livres deutérocanoniques eux-mêmes, avant de conclure sur la clôture définitive de ce canon, qui situe toute parole de Dieu adressée aujourd’hui au croyant à l’intérieur d’une révélation déjà achevée.

Exercices pratiques

  1. Rédigez, comme si vous répondiez à un interlocuteur catholique ou orthodoxe qui vous interroge sur la différence entre les deux canons, une explication de deux paragraphes utilisant l’image de l’authentification d’une pièce d’or pour faire comprendre la distinction entre reconnaître et conférer l’inspiration.
  2. Préparez une fiche synthétique, destinée à être donnée à quelqu’un qui pose la question des soixante-six livres, présentant en trois paragraphes courts et distincts les trois raisons de la Réforme exposées dans la leçon : le motif lié à Jérôme et à la Vulgate, le motif de l’usage néotestamentaire des formules « il est écrit », et le motif interne à l’auto-revendication des livres deutérocanoniques.
  3. Tenez un court journal de méditation pendant trois jours dans lequel vous notez, chaque jour, comment vous reformuleriez l’expression « Dieu me parle » à la lumière de la doctrine du canon clos exposée dans la leçon, en vous appuyant explicitement sur Apocalypse 22.18-19.

Fin de la leçon 5

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