Leçon 18 — La violence des conquêtes : le herem et le jugement de Dieu
Objectifs pédagogiques
À l’issue de cette leçon, vous serez capable de :
- Expliquer, à partir des cas concrets de Jéricho (Josué 6.21), de Deutéronome 20.16-18 et du jugement contre Amalek (1 Samuel 15), ce que recouvre précisément la pratique hébraïque du herem.
- Démontrer, à l’aide de Genèse 15.16, Lévitique 18.21 et 24-25, et Deutéronome 8.19-20, que le jugement des nations cananéennes est fondé sur des pratiques précises et appliqué également à Israël, et non sur une hostilité ethnique.
- Situer le herem comme catégorie théologique limitée dans le temps, en s’appuyant sur le déplacement opéré par Paul en Éphésiens 6.12 du combat physique vers le combat spirituel.
- Formuler, avec l’honnêteté intellectuelle requise, les limites de cette explication théologique face au débat érudit sur la portée du langage de destruction totale (Josué 13.1 ; 15.63).
Contenu de la leçon
« Ce n’est point à cause de ta justice, ni à cause de la droiture de ton cœur, que tu vas posséder leur pays ; mais c’est à cause de la méchanceté de ces nations que l’Éternel, ton Dieu, les chasse devant toi. » (Deutéronome 9.5)
Aucun texte biblique ne heurte davantage la sensibilité contemporaine que les récits de conquête du livre de Josué, où Dieu ordonne l’anéantissement complet de certaines populations cananéennes, selon la pratique du herem, un terme hébreu que l’on traduit habituellement par « anathème » ou « voué à la destruction ». Ce chapitre affronte directement cette difficulté, sans chercher à en atténuer le poids réel.
Formation gratuite · 29 leçons · attestation
Cette leçon fait partie d’une formation gratuite
« La Bible, son étude et sa méditation » se suit dans l’ordre : chaque leçon prépare la suivante. Inscris-toi gratuitement, puis commence par la leçon 1.
Déjà inscrit ? Saisis la même adresse e-mail : tu retrouveras ta progression. Découvrir la formation
Leçon 18 · pas encore ouverte
Une étape à la fois
La formation se suit dans l’ordre : chaque leçon et chaque évaluation posent une base sur laquelle la suite s’appuie. Ta prochaine étape : leçon 1.
Aller à ma prochaine étape →Le cas concret
Le texte le plus souvent cité est celui de la conquête de Jéricho (Josué 6.21) et, plus largement, l’ensemble des instructions données en Deutéronome 20.16-18, où Dieu ordonne de ne laisser subsister aucune âme vivante parmi les nations qui occupaient le pays promis. Un cas plus tardif, celui du jugement contre Amalek confié à Saül (1 Samuel 15), soulève la même difficulté sous une forme encore plus explicite. Comment concilier ces textes avec l’affirmation, posée au chapitre 7 de cet ouvrage, que Dieu est celui dont la Parole « juge les sentiments et les pensées du cœur » avec justice, et avec l’enseignement de Jésus lui-même, qui commande d’aimer ses ennemis (Matthieu 5.44) ?
Un jugement, non une haine ethnique
Le premier élément de réponse, fondé sur le principe historique établi au chapitre 11, consiste à replacer ces textes dans leur cadre théologique précis. Il ne s’agit jamais, dans le texte biblique lui-même, d’une hostilité ethnique ou culturelle envers les peuples cananéens en tant que tels, mais d’un jugement divin prononcé contre des pratiques religieuses et morales précises, notamment le sacrifice rituel d’enfants, explicitement condamné ailleurs dans la Loi (Lévitique 18.21, 24-25). Le texte cité en exergue de ce chapitre le formule sans ambiguïté : Israël ne reçoit pas ce pays à cause de sa propre justice, mais à cause de la méchanceté des nations qui l’occupaient. Ce jugement n’est donc pas arbitraire ; il s’inscrit dans la logique déjà annoncée bien plus tôt à Abraham, où Dieu retarde volontairement le jugement de plusieurs siècles au nom de sa patience : « la mesure de l’iniquité des Amoréens n’est pas encore comble » (Genèse 15.16). Ce verset mérite d’être médité pour lui-même : il révèle un Dieu qui patiente longuement avant de juger, et qui juge finalement des actes précis, non une origine ethnique.
Un avertissement qui n’épargne pas Israël lui-même
Un second élément, souvent négligé, renforce cette lecture : le même livre du Deutéronome avertit Israël que le même sort l’attend s’il se livre aux mêmes pratiques (Deutéronome 8.19-20), un avertissement qui se réalisera effectivement des siècles plus tard, lorsque l’exil frappera le royaume d’Israël puis celui de Juda pour les mêmes motifs d’idolâtrie et d’injustice. Ce constat est important pour la cohérence de l’ensemble : le Dieu qui juge Canaan n’est pas un dieu tribal favorable à son propre peuple par principe ; il applique le même critère moral à Israël qu’aux nations environnantes, un critère de justice, et non d’appartenance.
Un cadre théologique limité dans le temps
Il faut ajouter ici une précision de continuité et de discontinuité. Le herem est une catégorie théologique circonscrite à une période précise de l’histoire de la révélation, liée à l’établissement d’Israël comme nation théocratique dans un pays particulier, à un moment particulier du jugement divin sur des pratiques particulières. Rien dans le Nouveau Testament ne reconduit cette pratique pour l’Église ; au contraire, Paul déplace explicitement le langage du combat du plan physique vers le plan spirituel : « nous ne combattons pas contre la chair et le sang » (Éphésiens 6.12). Cette transformation n’est pas un désaveu implicite de la justice du jugement ancien ; elle marque un changement de moyens, cohérent avec le passage d’Israël comme nation théocratique armée à l’Église comme communauté de témoins dispersés parmi les nations. Aucun chrétien ne peut légitimement invoquer ces textes pour justifier une violence religieuse aujourd’hui. Il est urgent de poser cette précision avec la plus grande clarté possible, tant l’histoire a montré combien ce détournement fut, à certaines époques, tragiquement réel.
Une honnêteté qui ne referme pas trop vite la difficulté
Il faut enfin reconnaître, dans l’esprit d’humilité intellectuelle que ce livre a défendu depuis le chapitre 14, que cette explication théologique, aussi solide soit-elle, ne dissout pas entièrement le malaise moral que ces récits suscitent légitimement chez un lecteur sensible à la valeur de toute vie humaine. Des érudits sérieux, par ailleurs pleinement attachés à l’autorité des Écritures, débattent encore de la portée exacte du langage de destruction totale employé dans ces récits. Certains y voient, à la lumière des conventions rhétoriques de la guerre dans le Proche-Orient ancien, une forme d’hyperbole militaire courante à cette époque plutôt qu’un rapport statistique littéral, une lecture que semblent d’ailleurs appuyer d’autres versets du même livre de Josué mentionnant la persistance de populations cananéennes après la conquête (Josué 13.1 ; 15.63). Cette question littéraire reste débattue, et ce livre se garde de trancher plus qu’il ne peut légitimement le faire ; elle ne change cependant rien à l’argument théologique central de ce chapitre, qui porte sur la nature du jugement divin, non sur son étendue statistique exacte.
Ce que ce chapitre affirme avec assurance, c’est que le portrait d’ensemble qui se dégage de l’Écriture, un Dieu patient avant de juger, juste dans les critères de son jugement, appliquant les mêmes exigences à son propre peuple, et déplaçant finalement le combat du plan physique vers le plan spirituel dans la nouvelle alliance, demeure cohérent d’un bout à l’autre du canon, conformément à la règle de la révélation cumulative posée au chapitre 14. Ce que ce chapitre reconnaît honnêtement, c’est que cette cohérence théologique n’efface pas toujours, sur le plan purement émotionnel, le poids de ces récits, et qu’il n’est pas nécessaire, ni même souhaitable, de prétendre le contraire pour rester fidèle à l’Écriture.
Résumé
Ce chapitre affronte directement l’un des textes les plus heurtants de l’Écriture pour la sensibilité contemporaine : les ordres de destruction totale donnés lors de la conquête de Canaan, selon la pratique du herem illustrée par Jéricho (Josué 6.21), Deutéronome 20.16-18 et le jugement contre Amalek (1 Samuel 15). L’argument central, appuyé sur Deutéronome 9.5 placé en exergue, établit que ce jugement vise des pratiques religieuses et morales précises, notamment le sacrifice rituel d’enfants condamné en Lévitique 18.21 et 24-25, et non une hostilité ethnique envers les peuples cananéens, Dieu ayant par ailleurs patienté plusieurs siècles avant de juger selon Genèse 15.16. Le chapitre renforce cette lecture en montrant que le même critère moral s’applique à Israël lui-même, qui reçoit l’avertissement d’un sort identique en cas d’idolâtrie (Deutéronome 8.19-20) et le subira effectivement lors de l’exil, ce qui exclut l’idée d’un dieu tribal partial. Il précise ensuite que le herem constitue une catégorie théologique circonscrite à l’établissement théocratique d’Israël, que rien dans le Nouveau Testament ne reconduit, Paul déplaçant explicitement le langage du combat vers le plan spirituel (Éphésiens 6.12), ce qui interdit toute instrumentalisation chrétienne de ces textes pour justifier une violence religieuse aujourd’hui. Le chapitre se clôt sur une honnêteté revendiquée : cette explication théologique solide ne dissout pas entièrement le malaise moral légitime que ces récits suscitent, et le débat érudit sur une possible hyperbole militaire du langage de destruction totale, nourri par la persistance de populations cananéennes signalée ailleurs dans Josué (13.1 ; 15.63), reste ouvert sans affecter l’argument théologique central portant sur la nature, non sur l’étendue statistique, du jugement divin.
Exercices pratiques
- Dressez un tableau à deux colonnes opposant « jugement fondé sur des pratiques précises » et « hostilité ethnique », et classez-y les éléments textuels du chapitre (Lévitique 18.21 et 24-25, Genèse 15.16, Deutéronome 9.5) pour montrer par écrit laquelle des deux lectures le texte biblique soutient réellement.
- Recherchez et notez par écrit les références précises des passages qui annoncent à Israël le même sort que celui réservé aux nations cananéennes (Deutéronome 8.19-20), puis identifiez un ou deux passages prophétiques annonçant l’exil pour les mêmes motifs d’idolâtrie.
- Préparez, par écrit ou à voix haute devant un proche, une réponse de cinq minutes destinée à quelqu’un qui vous interroge sincèrement sur Josué et la violence des conquêtes, en vous appuyant sur Éphésiens 6.12 pour expliquer pourquoi aucun chrétien ne peut invoquer ces textes pour justifier une violence religieuse aujourd’hui.
Fin de la leçon 18
As-tu lu et médité cette leçon ?
Le bouton s’active quand tu as lu la leçon jusqu’au bout.
Leçon 18 validée
Leçon 19 →Continuez à grandir dans la Parole
Recevez chaque nouvelle étude biblique directement dans votre boîte e-mail : des enseignements fidèles à l’Écriture pour affermir votre foi et marcher comme disciple de Jésus-Christ. Gratuit, sans spam.



