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Leçon 6 — Le texte transmis : versions et traductions

Module 1 · Connaître la BibleLeçon 6 / 29
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Objectifs pédagogiques

À l’issue de cette leçon, vous serez capable de :

  1. Expliquer, à l’aide de l’image du tissu aux fils entrelacés proposée dans la leçon, pourquoi aucune traduction n’est parfaitement exacte, et préciser le sens technique du mot « version » dans le vocabulaire biblique.
  2. Distinguer la traduction formelle de la traduction dynamique dans leur logique interne respective, et montrer pourquoi plus une traduction s’approche du pôle dynamique, plus l’interprétation a déjà été faite à la place du lecteur.
  3. Justifier, à partir des arguments du chapitre, la méthode consistant à comparer plusieurs traductions d’un même passage plutôt qu’à s’en remettre à une seule, et expliquer pourquoi une divergence entre deux traductions sérieuses signale presque toujours une richesse du texte plutôt qu’une erreur.
  4. Formuler une stratégie concrète de choix de versions pour un travail d’étude sérieux (traduction formelle en priorité, traduction dynamique en complément ponctuel), et expliquer pourquoi une paraphrase ne doit jamais fonder seule une doctrine ou un enseignement.

Contenu de la leçon

« Nous ne falsifions point la parole de Dieu, comme font plusieurs ; mais c’est avec sincérité, mais c’est de la part de Dieu, que nous parlons en Christ devant Dieu. » (2 Corinthiens 2.17)

Le lecteur francophone qui ouvre sa Bible ne lit ni l’hébreu, ni l’araméen, ni le grec dans lesquels ce texte fut originellement rédigé, comme l’a établi le chapitre 2. Il lit une traduction, et ce simple constat, trop souvent oublié dans la lecture courante, appelle une réflexion sérieuse sur ce que signifie traduire un texte, et sur les limites inévitables de cet exercice, aussi nécessaire soit-il.

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Leçon 6 · pas encore ouverte

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Traduire, ce n’est pas transposer mot à mot

Traduire, c’est faire en sorte que ce qui fut énoncé dans une langue le soit fidèlement dans une autre. Cette définition, simple en apparence, dissimule une difficulté considérable : aucune langue ne recouvre exactement le champ sémantique d’une autre. Un mot hébreu peut porter simultanément plusieurs nuances qu’aucun mot français unique ne saurait rendre ; une construction grammaticale grecque peut exprimer une insistance ou une nuance temporelle qu’il faut restituer en français par une périphrase entière. Imaginons un tissu tissé de fils de plusieurs couleurs, où chaque fil emprunte sa teinte à celle des fils voisins par un jeu de reflets subtils : transposer ce tissu dans une autre trame, avec d’autres fils, sans en perdre aucun reflet, est rigoureusement impossible : on peut, au mieux, en produire une version fidèle à l’essentiel, jamais une copie exacte de chaque nuance. C’est cette difficulté structurelle, et non une quelconque négligence des traducteurs, qui explique pourquoi la plupart des théologiens sérieux affirment qu’aucune traduction n’est parfaitement exacte : il n’existe pas deux langues rigoureusement identiques dans leur structure et leur vocabulaire, et le passage de l’une à l’autre implique nécessairement des choix, des pertes partielles, des compensations.

Il convient ici de préciser un terme : le mot version, dans le vocabulaire biblique, désigne une Bible rédigée dans une langue différente de celles dans lesquelles la Parole de Dieu fut originellement écrite. On distingue principalement deux grandes approches de traduction, dont la logique interne diffère profondément.

Traduction formelle et traduction dynamique

La traduction formelle, parfois appelée traduction littérale ou mot à mot, s’efforce de rendre aussi fidèlement que possible la structure grammaticale et le vocabulaire du texte original, n’ajoutant des mots supplémentaires que lorsque cela s’avère strictement nécessaire à l’intelligibilité en français, certains termes hébreux, grecs ou araméens n’ayant tout simplement pas d’équivalent unique dans notre langue. Cette approche a pour avantage de laisser au lecteur un accès aussi direct que possible à la structure du texte original, ce qui la rend précieuse pour l’étude approfondie ; elle a pour limite de produire parfois un français plus rugueux, moins naturel, et de laisser subsister certaines ambiguïtés que le lecteur non averti ne saura pas toujours résoudre.

La traduction dynamique (ou paraphrase, lorsque cette approche est poussée à son maximum) ne cherche pas à transposer mot à mot, mais à restituer l’idée, le sens général d’un passage. Une paraphrase constitue en réalité une retranscription du sens perçu par le traducteur, davantage qu’une traduction au sens strict. Ces versions ont pour elles une lisibilité et une fluidité souvent supérieures, puisqu’elles sont rédigées dans un vocabulaire et une syntaxe contemporains ; mais cette facilité de lecture a un prix : le lecteur reçoit déjà, mêlée au texte, une part d’interprétation qui n’est plus visiblement distincte de la traduction elle-même, et qui peut, sans mauvaise intention de la part du traducteur, s’éloigner sensiblement du sens précis de l’original.

Aucune de ces deux approches n’est en elle-même illégitime ; chacune répond à un besoin différent. Mais un principe méthodologique s’en dégage pour la suite de cet ouvrage, en particulier pour la Partie II consacrée à l’herméneutique : plus une traduction s’approche du pôle formel, plus elle exige de son lecteur un effort d’interprétation personnelle pour saisir le sens exact ; plus une traduction s’approche du pôle dynamique, plus cette interprétation a déjà été faite à sa place par le traducteur, ce qui rend d’autant plus nécessaire, pour qui veut étudier sérieusement un texte et non se contenter de le lire, de comparer plusieurs versions plutôt que de s’en remettre à une seule.

Pourquoi comparer les traductions plutôt qu’en choisir une seule

Cette limite inhérente à toute traduction n’est pas une raison de se décourager, ni de suspecter systématiquement les versions dont on dispose ; c’est au contraire une invitation méthodologique précise, que la Partie II développera dans le cadre plus large de l’interprétation : lire un même passage dans plusieurs traductions différentes permet de percevoir l’éventail des sens possibles qu’un terme ou une expression peut porter, et d’identifier les endroits où les traducteurs eux-mêmes ont dû trancher entre plusieurs options légitimes. Une divergence entre deux traductions sérieuses, à un endroit donné, n’est presque jamais le signe d’une erreur de l’une des deux, mais le signe d’une réelle difficulté ou d’une réelle richesse du texte original, que le lecteur gagnera à examiner de plus près plutôt qu’à ignorer.

Choisir une version d’étude

Pour un travail d’étude sérieux (celui que ce livre appelle de ses vœux tout au long de sa Partie II), il est recommandé de s’appuyer en priorité sur une ou deux traductions de tendance formelle, réputées pour leur fidélité au texte source et leur usage établi dans la tradition francophone évangélique, tout en consultant ponctuellement une traduction plus dynamique pour éclairer le sens général d’un passage difficile. Cette combinaison permet de tirer parti des forces respectives de chaque approche, sans s’exposer aux faiblesses d’une lecture qui reposerait sur une seule version, aussi bonne soit-elle. Il faut se garder, en revanche, de fonder une doctrine ou un enseignement uniquement sur la formulation particulière d’une paraphrase, aussi éclairante puisse-t-elle être pour la première lecture d’un texte : une paraphrase demeure un commentaire condensé, non une traduction au sens plein du terme, et elle doit être traitée comme telle.

Une confiance qui n’est pas naïve

Ce chapitre n’a pas cherché à ébranler la confiance du lecteur dans sa Bible, mais à la fonder sur une base plus solide qu’une confiance naïve et non examinée. La multiplicité des traductions disponibles aujourd’hui en français n’est pas un signe de confusion ou d’incertitude quant au texte biblique ; c’est au contraire le fruit d’un travail scientifique et spirituel considérable, mené par des générations d’érudits soucieux de rendre accessible, dans une langue toujours vivante et changeante, un texte dont le sens original demeure, lui, stable et digne de confiance. C’est cette conviction qui permettra, dans les chapitres suivants, d’aborder la question plus large de l’inspiration du texte biblique, de son inerrance, puis les méthodes concrètes qui permettent d’en dégager le sens avec toute la rigueur requise.

Résumé

Ce chapitre part d’un constat trop souvent oublié, le lecteur francophone ne lit jamais directement l’hébreu, l’araméen ou le grec biblique mais toujours une traduction, pour en tirer les conséquences méthodologiques. Il montre, à l’aide de l’image d’un tissu aux fils entrelacés, que la traduction comporte une difficulté structurelle et non une simple négligence : aucune langue ne recouvre exactement le champ sémantique d’une autre, si bien qu’aucune traduction n’est parfaitement exacte. Il distingue ensuite deux logiques de traduction, la traduction formelle, qui préserve au plus près la structure du texte original au prix d’un français parfois plus rugueux, et la traduction dynamique ou la paraphrase, plus lisible mais qui a déjà tranché à la place du lecteur une part de l’interprétation. De cette distinction découle le principe méthodologique central du chapitre, comparer plusieurs traductions plutôt que de s’en remettre à une seule, puisqu’une divergence entre deux versions sérieuses signale presque toujours une richesse ou une difficulté réelle du texte plutôt qu’une erreur. Le chapitre se conclut par une recommandation pratique pour l’étude, privilégier une ou deux traductions formelles complétées ponctuellement par une traduction dynamique, sans jamais fonder une doctrine sur la seule formulation d’une paraphrase, et par l’affirmation que cette multiplicité de versions est le fruit d’un travail scientifique et spirituel, non le signe d’une incertitude sur le texte biblique.

Exercices pratiques

  1. Rédigez une réponse de quelques phrases, destinée à quelqu’un qui doute de la fiabilité de sa Bible à cause des différences entre traductions, dans laquelle vous distinguez clairement la difficulté structurelle de toute traduction, illustrée par l’image du tissu aux fils entrelacés, de la stabilité du sens du texte original lui-même.
  2. Choisissez un verset doctrinal important et comparez-le dans une traduction de tendance formelle et dans une paraphrase. Notez par écrit les différences précises de formulation, puis identifiez ce qu’il serait risqué de fonder uniquement sur la paraphrase si vous deviez préparer un enseignement sur ce verset.
  3. La prochaine fois que vous constatez une divergence entre deux traductions d’un même verset dans votre lecture personnelle, notez-la dans un carnet avec la référence précise, puis rédigez deux ou trois phrases expliquant en quoi cette divergence révèle une richesse ou une difficulté du texte original plutôt qu’une erreur de traduction.

Fin de la leçon 6

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