Leçon 20 — Le silence apparent de Dieu
Objectifs pédagogiques
À l’issue de cette leçon, vous serez capable de :
- Expliquer, à partir du Psaume 22, d’Habacuc 1.2 et du livre de Job, en quoi le silence perçu de Dieu diffère théologiquement d’une absence réelle, en vous appuyant sur l’exemple du livre d’Esther.
- Analyser la réponse de Dieu à Job (Job 38 à 41) pour montrer comment elle déplace la question du pourquoi vers celle du qui, sans jamais expliquer directement la cause de la souffrance.
- Retracer la trajectoire d’Habacuc, de l’accusation initiale (Habacuc 1.2) à la déclaration de confiance d’Habacuc 3.17-18, pour montrer que cette confiance ne dépend pas d’une explication reçue.
- Démontrer comment la reprise du Psaume 22.2 par Jésus sur la croix (Matthieu 27.46) transforme la manière dont un croyant traverse ses propres expériences de silence divin.
Contenu de la leçon
« Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné, et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes paroles gémissantes ? » (Psaume 22.2)
Un troisième type de difficulté, plus intime encore que les deux précédentes, touche à l’expérience même de la foi. Que faire quand Dieu semble se taire devant une souffrance réelle, une prière répétée, un cri qui reste, en apparence, sans réponse ?
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Le psaume 22 s’ouvre sur l’un des cris les plus déchirants de toute l’Écriture : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Le prophète Habacuc commence son livre par une plainte semblable : « Jusqu’à quand, Éternel ! crierai-je, sans que tu écoutes ? » (Habacuc 1.2). Job, après avoir tout perdu, attend en silence une réponse divine qui tarde plusieurs longs chapitres à venir. Entre le dernier livre de l’Ancien Testament et les premiers événements du Nouveau, l’histoire du peuple d’Israël connaît près de quatre siècles sans parole prophétique nouvelle. Comment un Dieu qui se présente, dès le chapitre 7 de cet ouvrage, comme une parole vivante et efficace peut-il, dans le vécu concret de ses enfants, sembler à ce point silencieux ?
Le silence n’est pas l’absence
Le premier élément de réponse, fondé sur l’ensemble du témoignage biblique, distingue soigneusement le silence perçu et l’absence réelle. La Bible ne prétend jamais que Dieu cesse d’agir lorsqu’il cesse de parler de façon perceptible ; elle affirme au contraire, à travers des récits entiers construits sur ce principe, le livre d’Esther, où le nom de Dieu n’apparaît jamais explicitement, en est l’exemple le plus frappant, que la fidélité divine continue à l’œuvre y compris lorsque sa présence n’est pas immédiatement ressentie ou nommée. Le silence, dans l’expérience biblique, n’est donc jamais la preuve d’un abandon réel ; il est une épreuve de la foi, non une confirmation de son absence de fondement.
Job : une réponse qui n’explique pas, mais qui révèle
Le livre de Job offre à ce sujet un enseignement d’une profondeur particulière. Après des chapitres entiers de plainte légitime et de recherche d’explication, la réponse que Dieu finit par donner à Job (Job 38 à 41) ne répond, en réalité, à aucune de ses questions initiales sur la cause précise de sa souffrance. Dieu ne s’explique pas ; il se révèle, dans la grandeur de sa sagesse et de sa puissance créatrice, d’une manière qui déplace la question de Job du pourquoi vers le qui. Ce déplacement n’est pas une esquive : il enseigne que la confiance en Dieu ne repose jamais, en dernière instance, sur la possession d’une explication satisfaisante de chaque souffrance particulière, mais sur la connaissance fiable de celui qui la permet et qui, en définitive, la surplombe.
Habacuc : du cri à la confiance sans avoir obtenu de réponse complète
Le court livre d’Habacuc offre une trajectoire semblable, mais plus resserrée encore. Le prophète commence par accuser Dieu de rester sourd face à l’injustice qui l’entoure ; il reçoit une première réponse qui, loin de le rassurer, aggrave sa perplexité, puisque Dieu annonce qu’il va châtier l’injustice de son peuple par un instrument encore plus injuste que lui, l’empire babylonien. Le livre s’achève pourtant, après ce dialogue exigeant, sur l’une des affirmations de confiance les plus remarquables de tout l’Ancien Testament : « Car le figuier ne fleurira pas […] toutefois, je veux me réjouir en l’Éternel, je veux me réjouir dans le Dieu de mon salut » (Habacuc 3.17-18). Cette confiance n’est jamais présentée comme le fruit d’une explication reçue et comprise ; elle est le fruit d’une relation maintenue à travers l’absence d’explication.
Le silence assumé par Christ lui-même
L’élément le plus important de ce chapitre, et celui qui donne sa cohérence ultime à l’ensemble de cette Partie III, tient à un fait que le Nouveau Testament rapporte avec une gravité particulière. Sur la croix, Jésus lui-même reprend à son compte, mot pour mot, le cri d’ouverture du psaume 22 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27.46). Ce cri n’est ni une défaillance de sa foi, ni une simple citation littéraire. Il signifie que le Fils de Dieu lui-même a pleinement connu, dans sa chair, l’expérience du silence apparent de son Père, au moment le plus décisif de toute l’histoire du salut. Cette conviction transforme radicalement la manière dont un croyant peut aborder ses propres expériences de silence divin : il ne les traverse jamais seul, ni le premier, ni dans l’incompréhension totale de celui qu’il prie. Il faut ajouter, pour la cohérence complète de cette lecture, que le psaume 22, commencé dans l’abandon le plus total, s’achève par une des plus amples déclarations de louange et de confiance de tout le Psautier (Psaume 22.23-31), un mouvement du cri vers la louange que la résurrection du Christ accomplit à son tour, de la manière la plus décisive qui soit.
Une conclusion qui prépare le chapitre suivant
Ce chapitre n’a pas cherché à dissoudre le silence de Dieu par une explication qui l’annulerait ; il a cherché à montrer que ce silence, honnêtement traversé par les plus grandes figures bibliques et par le Christ lui-même, ne contredit jamais la fidélité divine, mais en devient, paradoxalement, l’un des lieux d’expression les plus profonds. C’est cette conviction, mise à l’épreuve sur trois catégories de textes parmi les plus rudes de l’Écriture, que le chapitre de synthèse va maintenant rassembler pour conclure cette Partie III.
Résumé
Ce chapitre affronte une difficulté plus intime que les deux précédentes, l’expérience du silence de Dieu, illustrée par le cri d’ouverture du Psaume 22, la plainte d’Habacuc 1.2 et les longs chapitres d’attente de Job. Il pose d’abord une distinction décisive entre silence perçu et absence réelle, que le livre d’Esther illustre à lui seul en racontant une fidélité divine agissante sans jamais nommer Dieu. La réponse que Dieu finit par donner à Job (Job 38 à 41) n’explique jamais la cause de sa souffrance : elle déplace la question du pourquoi vers le qui, enseignant que la confiance repose sur la connaissance de celui qui permet l’épreuve plutôt que sur une explication reçue. Habacuc suit une trajectoire semblable, de l’accusation initiale à la déclaration de confiance d’Habacuc 3.17-18, prononcée avant toute amélioration visible des circonstances. Le sommet du chapitre tient à la reprise, par Jésus lui-même sur la croix, du cri du Psaume 22 (Matthieu 27.46) : le Fils de Dieu a connu dans sa chair le silence apparent du Père, de sorte qu’aucun croyant ne traverse seul ni le premier une telle épreuve, un mouvement du cri vers la louange que le Psaume 22 accomplit déjà dans sa seconde moitié et que la résurrection scelle définitivement.
Exercices pratiques
- Lisez Job 38 à 41 dans leur intégralité et notez par écrit toutes les questions que Dieu pose à Job sans jamais répondre à sa question initiale du pourquoi. Rédigez ensuite un court paragraphe expliquant comment ce déplacement du pourquoi vers le qui pourrait reformuler une question que vous vous posez vous-même actuellement.
- Lisez à voix haute le Psaume 22 en entier, du verset 2 jusqu’au verset 31, et repérez par écrit le moment précis où le ton bascule du cri d’abandon vers la louange. Rédigez ensuite, en deux ou trois phrases, ce que signifie concrètement pour vous le fait que Jésus ait prononcé le premier verset de ce psaume sur la croix.
- Tenez un journal pendant une semaine dans lequel vous décrivez, chaque soir, un moment où Dieu vous a semblé silencieux cette journée, en appliquant explicitement la distinction entre silence et absence posée dans ce chapitre. Relisez votre journal en fin de semaine pour déterminer si cette distinction a changé votre manière de percevoir ces moments.
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