Leçon 8 — Inerrance et infaillibilité des Écritures
Objectifs pédagogiques
À l’issue de cette leçon, vous serez capable de :
- Distinguer précisément infaillibilité (fiabilité fonctionnelle, 2 Timothée 3.15-17) et inerrance (vérité intégrale, y compris historique et factuelle), et expliquer pourquoi ce livre refuse de les séparer.
- Reconstruire l’argument théologique qui fonde l’inerrance sur le caractère de Dieu (Nombres 23.19 ; Tite 1.2 ; Hébreux 6.18), depuis la prémisse de l’inspiration jusqu’à sa conclusion logique.
- Appliquer les trois précisions indispensables de la doctrine (autographes et copies, langage phénoménologique, affirmer et rapporter) pour répondre à des objections concrètes telles que les « contradictions » entre récits parallèles ou les écarts généalogiques.
- Articuler en quoi la doctrine de l’inerrance, loin d’être un point technique réservé aux théologiens, conditionne la confiance ordinaire du croyant dans les promesses bibliques qu’il lit.
Contenu de la leçon
« Dieu n’est point un homme pour mentir, ni fils d’un homme pour se repentir. Ce qu’il a dit, ne le fera-t-il pas ? Ce qu’il a déclaré, ne l’exécutera-t-il pas ? » (Nombres 23.19)
Le chapitre précédent a établi que l’Écriture est theopneustos, soufflée par Dieu. Une question se pose alors, à laquelle ce chapitre doit répondre avec toute la précision qu’elle mérite : un texte qui procède du souffle même de Dieu peut-il, malgré cette origine divine, contenir des erreurs ? La réponse que la tradition évangélique a toujours donnée à cette question porte un nom : l’inerrance. Ce chapitre en expose le fondement, les nuances indispensables sans lesquelles cette doctrine serait mal comprise, et les objections les plus courantes qu’un lecteur sérieux rencontrera tôt ou tard.
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Aller à ma prochaine étape →Deux mots à ne pas confondre : infaillibilité et inerrance
Il convient de distinguer d’emblée deux termes que l’on entend parfois employés l’un pour l’autre, mais qui n’affirment pas exactement la même chose. L’infaillibilité affirme que l’Écriture n’échoue jamais dans ce qu’elle se propose d’accomplir : elle atteint toujours son but, qui est de conduire le lecteur à la foi et de le former à une vie qui plaît à Dieu (2 Timothée 3.15-17, déjà cité au chapitre précédent). C’est une affirmation sur la fiabilité fonctionnelle du texte. L’inerrance va plus loin : elle affirme que l’Écriture ne contient aucune erreur, y compris dans ses affirmations historiques, géographiques et factuelles, et non seulement dans son enseignement moral et spirituel. C’est une affirmation sur la vérité intégrale du texte, dans tout ce qu’il affirme, et non seulement dans ce qu’il enseigne à des fins de foi et de pratique.
Cette distinction n’est pas un exercice de précision verbale sans conséquence. Certains théologiens acceptent l’infaillibilité (la Bible ne trompe jamais le croyant sur le chemin du salut) tout en réservant leur jugement, voire en le refusant, sur l’inerrance (la Bible pourrait, selon eux, comporter des imprécisions factuelles sans que cela n’affecte sa capacité à sauver et à transformer). Ce livre retient les deux affirmations ensemble, pour la raison développée dans la section suivante : si le fondement de l’une et de l’autre est le même (l’origine divine du texte), il n’y a aucune raison logique de retenir l’une sans l’autre.
Le fondement : un Dieu qui ne peut mentir
L’argument central en faveur de l’inerrance ne repose pas d’abord sur un examen minutieux de chaque affirmation biblique, verset par verset, pour vérifier qu’aucune erreur ne s’y trouve, une démarche qui, prise isolément, resterait toujours provisoire et incomplète. Il repose sur un raisonnement théologique plus fondamental, déjà esquissé au chapitre précédent : si l’Écriture est theopneustos, soufflée par Dieu, alors sa fiabilité est directement proportionnelle au caractère de celui qui en est l’auteur ultime. Or l’Écriture affirme, à plusieurs reprises et sans ambiguïté, que Dieu ne peut pas mentir. Le verset placé en exergue de ce chapitre le formule avec une netteté rare : « Dieu n’est point un homme pour mentir » (Nombres 23.19). L’apôtre Paul reprend cette même conviction lorsqu’il évoque « la vie éternelle, promise avant tous les siècles par le Dieu qui ne ment point » (Tite 1.2) ; l’épître aux Hébreux va plus loin encore en affirmant qu’il est « impossible que Dieu mente » (Hébreux 6.18) : non pas seulement que Dieu choisit de ne pas mentir, mais que le mensonge est, par nature, incompatible avec ce qu’il est.
L’inférence théologique qui en découle est directe : un texte qui procède authentiquement du souffle d’un Dieu qui ne peut mentir ne peut pas, dans son origine, contenir de mensonge ni d’erreur. Affirmer l’inspiration tout en refusant l’inerrance revient, en réalité, à affirmer implicitement que Dieu aurait pu souffler un texte comportant des erreurs, une position qui, si on la formule ainsi crûment, révèle sa propre incohérence. C’est pourquoi ce livre affirme, à la suite de la neuvième affirmation fondatrice posée dans l’introduction, que l’inspiration et l’inerrance ne sont pas deux doctrines séparées, mais une seule vérité vue sous deux angles : l’une regarde vers l’origine du texte, l’autre vers sa fiabilité.
Trois précisions indispensables
Affirmer l’inerrance sans les précisions qui suivent expose cette doctrine à des malentendus qu’il faut prévenir, sous peine de la rendre indéfendable pour des raisons qui n’ont rien à voir avec son fondement théologique réel.
L’inerrance porte sur les autographes, non sur toutes les copies. Le chapitre 6 a déjà établi qu’aucune traduction n’épuise parfaitement le texte original, et la Partie IV de cet ouvrage reviendra sur la question de la transmission manuscrite. L’inerrance, telle que ce livre la défend, s’applique aux textes tels qu’ils sont sortis de la plume de leurs auteurs inspirés (les autographes, c’est-à-dire les manuscrits originaux eux-mêmes, aujourd’hui perdus) et non à chaque copie manuscrite ultérieure ni à chaque traduction, qui peuvent comporter des erreurs de copiste ou des choix de traduction discutables, sans que cela ne remette en cause la fiabilité du texte original qu’elles s’efforcent de transmettre. La quasi-totalité de ces variantes de copie, au demeurant, sont mineures : des questions d’orthographe, d’ordre des mots, de répétitions accidentelles, et n’affectent aucune doctrine essentielle, comme l’étude comparée des très nombreux manuscrits anciens dont nous disposons le démontre avec une régularité remarquable.
L’inerrance n’exige pas une précision selon les conventions scientifiques ou littéraires modernes. Affirmer que la Bible est sans erreur ne signifie pas qu’elle doive se conformer aux exigences de précision d’un rapport scientifique contemporain ou d’une citation universitaire moderne. Le texte biblique emploie couramment un langage phénoménologique (décrivant les choses telles qu’elles apparaissent à l’observateur, comme lorsqu’il parle du « lever du soleil ») sans que cela constitue une erreur astronomique, exactement comme un bulletin météorologique moderne continue légitimement de parler de « lever de soleil » sans que personne n’y voie une affirmation géocentrique. De même, les nombres sont parfois arrondis, les généalogies peuvent comporter des sauts de génération selon un usage attesté et accepté dans la culture de l’époque, et les citations d’un auteur biblique par un autre suivent les conventions de citation approximative en usage dans l’Antiquité, non les normes bibliographiques contemporaines. Exiger de l’Écriture une précision qui n’était pas dans l’intention de ses auteurs reviendrait à commettre, à l’envers, la même erreur d’anachronisme déjà dénoncée au chapitre 3.
L’inerrance concerne ce que le texte affirme, non tout ce qu’il rapporte. La Bible relate fidèlement des paroles de Satan (Genèse 3), des mensonges de personnages historiques (Genèse 12.13), ou des raisonnements erronés des amis de Job, que Dieu lui-même finit par désavouer (Job 42.7). Rapporter fidèlement qu’un mensonge a été prononcé n’est pas mentir ; c’est au contraire une exigence de véracité historique. L’inerrance porte sur la fidélité du rapport, non sur la véracité de tout propos rapporté à l’intérieur de ce rapport.
Objections courantes et éléments de réponse
Un lecteur honnête rencontrera, tôt ou tard, des objections concrètes à la doctrine de l’inerrance ; les ignorer serait une faiblesse, pas une preuve de foi.
Les « contradictions » apparentes entre récits parallèles (par exemple entre les quatre évangiles, qui rapportent souvent un même événement avec des détails différents) s’expliquent le plus souvent par la légitimité de perspectives complémentaires plutôt que contradictoires : quatre témoins d’un même événement, interrogés séparément, rapporteront naturellement des détails différents sans que leurs témoignages ne se contredisent pour autant, chacun retenant ce qui servait son objectif propre d’écriture, une réalité que la Partie II développera à propos de la question, distincte mais liée, de l’harmonisation des textes. Une harmonisation légitime cherche une explication cohérente à partir des données du texte lui-même ; une harmonisation artificielle, en revanche, forcerait le texte à dire ce qu’il ne dit pas pour faire disparaître à tout prix une tension. Les deux démarches doivent être distinguées avec soin.
Les généalogies bibliques, qui comportent parfois des écarts de nombre de générations selon les listes, s’expliquent par un usage ancien, bien attesté, qui permettait de désigner un descendant plus éloigné comme « fils de » un ancêtre sans qu’un lien de filiation directe ne soit affirmé, un usage étranger à nos conventions modernes de généalogie exhaustive, mais parfaitement cohérent avec les intentions théologiques que ces généalogies poursuivaient, davantage soucieuses d’établir une filiation légitime que de produire une liste complète.
Les divergences entre les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) sur l’ordre de certains événements ou la formulation exacte de certaines paroles de Jésus s’expliquent largement par le fait que les auteurs anciens ne se sentaient pas tenus, comme nous le sommes aujourd’hui, à une citation mot à mot systématique ; rapporter fidèlement le sens d’une parole, sans en reproduire chaque syllabe à l’identique, correspondait à une norme littéraire légitime de l’époque, non à une négligence ou une invention.
Pourquoi cette doctrine n’est pas un point technique réservé aux théologiens
Il serait facile de reléguer cette discussion au rang des débats savants, sans conséquence pour la vie ordinaire du croyant. C’est une erreur. Si l’inerrance venait à céder (si le croyant en venait à se demander, à chaque page, quelles affirmations bibliques sont fiables et lesquelles ne le sont peut-être pas), alors chaque promesse lue dans l’Écriture porterait avec elle une incertitude latente : cette promesse de pardon, cette assurance de la présence de Dieu, cette espérance de la résurrection, seraient-elles de celles que le texte affirme fidèlement, ou de celles qu’il faudrait peut-être corriger ? La confiance ordinaire du croyant le plus simple, celui que l’introduction de cet ouvrage évoquait dès ses premières lignes, dépend directement de cette doctrine, même s’il n’en connaît jamais le nom technique. C’est précisément parce que l’enjeu est pastoral, et non seulement académique, que ce livre a choisi de lui consacrer un chapitre entier plutôt que de la traiter en une remarque de passage.
Vers la suite
Ce chapitre a établi que l’Écriture, parce qu’elle procède d’un Dieu qui ne peut mentir, est digne d’une confiance intégrale dans tout ce qu’elle affirme. Une dernière question referme cette réflexion sur la nature de l’Écriture, avant que cet ouvrage n’aborde, dans sa Partie II, la question de son interprétation : vers quoi, ultimement, ce texte fiable et sans erreur pointe-t-il ? C’est la question à laquelle répond le chapitre suivant.
Résumé
Ce chapitre répond à une question laissée en suspens par le précédent : un texte soufflé par Dieu peut-il malgré tout contenir des erreurs ? Il commence par distinguer deux notions souvent confondues, l’infaillibilité, qui porte sur la fiabilité fonctionnelle de l’Écriture à conduire le lecteur à la foi, et l’inerrance, qui affirme l’absence d’erreur dans tout ce que le texte affirme, y compris ses données historiques et factuelles, puis montre pourquoi ce livre refuse de séparer les deux. Le fondement de l’inerrance n’est pas une vérification verset par verset, toujours provisoire, mais une inférence théologique : puisque l’Écriture procède du souffle d’un Dieu dont Nombres 23.19, Tite 1.2 et Hébreux 6.18 affirment qu’il ne peut pas mentir, elle ne peut, dans son origine, comporter de mensonge. Trois précisions protègent ensuite cette doctrine d’un malentendu facile : l’inerrance concerne les autographes perdus et non les copies ou traductions ultérieures, elle n’impose pas aux auteurs bibliques les conventions de précision de la science ou de la citation modernes, et elle porte sur ce que le texte affirme plutôt que sur tout propos qu’il rapporte fidèlement, y compris un mensonge. Ces distinctions permettent de répondre aux objections les plus courantes, qu’il s’agisse des divergences entre récits parallèles, des écarts généalogiques ou des différences entre synoptiques, toutes explicables par les conventions littéraires de l’Antiquité plutôt que par une faille du texte. Loin d’être un point de théologie technique, l’enjeu est pastoral : c’est cette doctrine qui garantit au croyant le plus simple que chaque promesse biblique qu’il lit est digne d’une confiance intégrale.
Exercices pratiques
- Rédigez un paragraphe argumentatif destiné à un étudiant en théologie qui accepterait l’infaillibilité tout en rejetant l’inerrance, et montrez, à partir de Nombres 23.19, Tite 1.2 et Hébreux 6.18, pourquoi séparer les deux revient à affirmer implicitement que Dieu aurait pu souffler un texte erroné.
- Choisissez l’une des trois précisions du chapitre (autographes et copies, langage phénoménologique, ou distinction entre affirmer et rapporter) et rédigez, à partir d’elle, une réponse écrite de cinq à huit lignes à quelqu’un qui vous opposerait une « contradiction » entre deux récits d’évangiles parallèles ou un écart généalogique.
- Interrogez, par écrit ou en conversation réelle, une personne de votre entourage sur une promesse biblique qui la touche personnellement (pardon, présence de Dieu, résurrection), puis notez comment vous lui expliqueriez que cette promesse repose sur le même fondement que l’inerrance, celui d’un Dieu qui ne peut mentir.
Fin de la leçon 8
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